Cette chronique ne porte pas “COVID-19” dans son titre et elle est cochon.

Dans cette chronique, pas de COVID-19 mais un peu d’humour, des câlins, un groin, quelques larmes aussi, des bribes de philosophie, une citation d’Aurélien Barrau et un exercice pratique. Ce n’est pas un tuto YouTube, mais ça pourrait presque l’être.

Il ne fait pas “miaow”

Laissez-moi vous présenter Samsam. Hein hein, pas le personnage de dessin animé. Samsam : neuf mois de vie, un peu court sur pattes, la robe brune et blanche. Sous la lumière d’un soleil étincelant, ses poils sont d’or et d’argent. Remplacez son groin par une truffe et obtenez un chien. En plus malin. Beaucoup plus malin. Remplacez ses grognements par des miaulements et obtenez un chat. Tout aussi indépendant.

Samsam est un animal dit “de rente”, dont la chair aurait dû être dégustée en octobre 2019. Il avait trois mois quand ses frères, sa mère portante et son père auraient dû se faire zigouiller. Sacré destin. Arrivé en octobre 2019 au sanctuaire Co&xister, Samsam craignait de manière viscérale les humain-e-s. Inapprochable et farouche, il m’aura fallu attendre la naissance de son petit frère, pour voir son regard changer de couleur. Le frangin, c’est Makha. Et il n’est pas en poudre. L’insouciance du petit semble lui avoir ouvert d’autres perspectives. En l’observant se faire grattouiller, il a, à son rythme et de son groin frétillant, approché ma main pour la première fois après trois mois de cohabitation.

Résili-quoi ?

Résilience. Ré-si-lience. Voilà un terme qui prend tout son sens, quand on cohabite avec des individus dont le sort devait être celui de la tuerie. Dont le sort initial était celui de l’asservissement. De ces individus, on apprend la patience, l’humilité et l’amour inconditionnel, au sens strict du terme. Pas celui qu’on ne lit que dans des bouquins New Age. L’amour inconditionnel dans son essence, sans chichi théorique. Celui qui parle d’aimer sans contrepartie et d’aimer au point où l’autre dispose de tout l’espace nécessaire pour être. Juste être. De Samsam, comme des autres membres de ma famille à poils et à plumes, j’ai intégré ce que la résilience signifiait réellement.

D’un être craintif et inabordable, Samsam est devenu, libéré de la peur, un frère, un ami, un fils dont la confiance m’émeut à chaque caresse. Il fuyait en courant dès qu’un-e humain-e l’approchait à moins de deux mètres. Il vient désormais chercher timidement des grattouilles. Toujours avec douceur, il me regarde avec ses yeux de biche pour quémander sans prétention, quelques instants d’affection. Des instants qui pourraient durer des heures. Parfois, il s’endort. Mais avant, ses poils se hérissent et il s’allonge au sol parfois avant même que je ne l’aie frôlé, tellement les câlins lui sont aujourd’hui appréciables. Au sol, un lâcher prise total, des yeux qui se ferment et un sourire qui se dessine. Vous avez déjà vu un chiot se faire câliner ? La même chose, si ce n’est un poil plus rugueux. Une tendresse identique.

Prendre le risque

L’espace d’un instant, laissons l’humour et la mignonnerie de côté. Si je vous parle de Samsam, c’est parce que ce petit est né dans la peau d’un cochon. Et que les cochons dans le langage courant, c’est la matière première du saucisson et du jambon. Eh bien dans mon langage courant, Samsam est un individu. Un enseignant, même. Samsam m’a appris la confiance et la générosité sans condition. Il est pour moi ce que votre fils ou votre soeur représente certainement pour vous. Dans l’inconscient collectif, les cochons sont bourrus, sales et simples d’esprit. Samsam, comme ses frères et ses parents, aime se blottir contre les siens dans le nid de paille qu’ils construisent ensemble minutieusement pour y dormir. Il prend son père en exemple et chérit ses frères. Parfois, il les bouscule, pour assurer sa place. Il fouille la terre, se roule dans la boue, urine et défèque à l’endroit où sa famille et lui ont décidé qu’il faudra le faire (et jamais ailleurs), mange avec entrain, court avec joie, dort sereinement. Il sent bon, Samsam. Et il est tout doux. En somme, il est un cochon à qui on a laissé la possibilité d’exister dans le respect de ses besoins fondamentaux.

Échanger un regard avec Samsam, c’est percevoir une vérité troublante. Les cochons que l’on confine, mutile, abat en toute indifférence sont tous des Samsam. Ils le sont tous mais n’ont pas eu l’occasion de le dévoiler avant de terminer leur courte course dans une barquette. 2’460’742 ont été saignés en Suisse en 2019. Sans compter celles et ceux qui ont été tués de l’autre côté de la frontière pour finir dans les assiettes helvétiques. Avec de tels chiffres, impossible de se représenter l’individu que chacun de ces 2’460’742 était. Pourtant, dans les yeux de Samsam, en y plongeant bien, nous verrons une partie de nous-mêmes. Celle qui nous a tant éloigné-e-s de notre essence. Celle que nous avons préféré enfouir pour ne pas avoir à assumer le fait que nous nous comportons comme des monstres à l’égard des cochons, mais à l’égard de nous-mêmes, aussi. Parce que massacrer des êtres dont la sensibilité est telle, c’est forcément éprouver du mépris envers soi-même. Inconsciemment, sans doute. Regarder Samsam dans les yeux, c’est prendre le risque de comprendre que nous avons volontairement participé à un massacre. Que nous y participons peut-être encore. Ce regard pourrait nous le marteler avec aigreur, mais il ne le fera pas. Au contraire, sa sagesse nous invitera enfin à nous reconnecter à ce fragment d’âme en commun que nous avons avec lui. Il nous incitera à baisser la garde. Il ne nous culpabilisera point. Il nous aidera à nous débarrasser de notre honte, pour avancer dans la confiance.

Ni morale ni sensiblerie

Cette chronique n’a pas pour vocation de faire la morale à qui que ce soit. Si je parle de Samsam de cette manière et de la réalité que ses yeux m’ont mis sous le nez, c’est parce que je crois en toute sincérité, qu’il a un message à faire passer aux êtres humains. Lui, comme tous les êtres merveilleux avec lesquels j’ai la chance d’apprendre. Samsam s’est incarné sur terre dans la peau d’un cochon qui a échappé à l’abattoir, précisément parce qu’il a un enseignement à nous offrir. Il n’y aucun doute possible là-dessus. Ponctuellement donc, j’utiliserai cette plateforme dont j’ai la chance de pouvoir jouir, pour mettre en mots les témoignages que ces individus ont à partager. Je vais vous faire une confession. Je n’ai plus la prétention de vouloir changer qui que ce soit. En clair, si j’utilise encore la plume parfois, c’est pour me mettre à disposition de celles et ceux que l’on néglige trop souvent, et qui ont pourtant tant à nous communiquer.

En ce qui concerne la question animale, oui, la science nous a donné une grande leçon d’humilité en nous montrant par exemple que les animaux ont une conscience. Il y a même eu une déclaration solennelle de biologistes et de spécialistes de neurosciences cognitives réunis lors d’un colloque à Cambridge en 2012 l’exprimant très clairement. Mais fallait-il attendre les années 2000 et les progrès des neurosciences et de l’imagerie médicale pour en arriver à cette conclusion ? Trente secondes en tête à tête avec un chien ou un rat suffisent à le comprendre.

Aurélien Barrau, L’Animal est-il un homme comme les autres ?

Sur ces propos et en guise de conclusion, permettez-moi de vous proposer un exercice. Simple à réaliser et qui pourtant, pourrait changer votre vie si vous le réalisez avec sincérité et sans attente. L’esprit libéré de vos tergiversations mentales et le coeur grand ouvert, plongez votre regard dans celui d’un animal, quel qu’il soit. L’espèce est aux animaux ce que le vêtement est pour nous. Connecté en profondeur à l’âme qui y vit, votre regard apprendra ce qu’aucun article, aucune étude scientifique, aucun plaidoyer ne saurait vous apprendre.

 

Virginia Markus

Virginia Markus

Avant de la décrire comme une auteure activiste, co-fondatrice de l'association antispéciste Co&xister, il faudra décrire Virginia Markus comme une humaine. Avec ses failles et ses ambitions. Alors qu'elle passait son temps à argumenter dans différents contextes, elle se dédie désormais à son sanctuaire pour animaux. À ses heures perdues, elle griffe encore quelques lignes.

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