Le défi du quotidien

Nous avons atteint un niveau de connectivité qui, il y a vingt ans, ressemblait encore à de la science science-fiction. Du simple téléphone nous sommes passés au courriel, puis à la vidéo conférence. Nous pouvons nous connecter avec des gens à l’autre bout du monde et voir leur visage en appuyant sur un simple bouton. Mais inversement, les niveaux d’anxiété et de dépression sont en constante augmentation dans nos pays industrialisés.

Je m’interroge pourquoi dans notre société nous souffrons autant de tristesse et de mélancolie. Parfois cela commence avec une légère baisse d’humeur puis les symptômes augmentent sans que nous nous en rendions compte, pour dériver parfois sur une véritable dépression.

J’ai passé moi-aussi par ces états-d ’âme et aujourd’hui je suis reconnaissante envers toutes ces épreuves de la vie qui m’ont permis d’évoluer et de d’acquérir une sérénité intérieure toujours plus grande et constante.

Le travail sur soi passe autant par le physique que le mental. Prendre soin de notre corps grâce à une alimentation équilibrée et une juste dose de sport nous permet de nous accepter et de nous aimer tels que nous sommes. A cela se rajoutent d’autres disciplines personnelles comme la gestion de nos émotions et le détachement nécessaire qui nous permettent de ne pas nous laisser prendre par le stress.

Tous les matins, lorsque la lumière du soleil envahit ma pièce, un sentiment d’appartenance à quelque chose de plus grand me remplit. C’est beau, c’est magique.
La nature, avec toute sa capacité de renouveau et d’adaptation devient mon guide. La température de la journée qui monte gentiment réveille en moi l’envie de bouger. Le gazouillis bienveillant des oiseaux à l’extérieur est l’appel pour me mettre au travail et terminer au plus vite les tâches administratives afin de pouvoir sortir et débuter mon entrainement sportif.

Faisant partie de ces personnes qui vivent avec des douleurs chroniques, j’ai appris toute sorte de techniques mentales pour éviter que celles-ci ne prennent le dessus dans ma vie. Dès que la douleur remonte à son point culminant je fais quelques respirations profondes en visualisant l’endroit de la douleur comme de la glace que je fais fondre grâce au mouvement de mon souffle. Ensuite, avec mes mains, je sors virtuellement une boule de douleur de mon corps que je remets au ciel, à l’univers, où elle va être dissoute et transformée en une énergie saine et fluide.

Mettre un pansement virtuel sur ce qui nous fait mal, de quelque ordre que ce soit, pour mieux reconnaitre qu’autour de nous la Vie est plus forte que tout et continue à répandre ses vibrations restauratrices. Faire délibérément le choix de vouloir être heureux, c’est ce qui m’a permis d’accomplir des grands défis sportifs, de gagner des compétitions ou de faire tourner l’entreprise de décoration crée avec mon mari.

Chacune de ces étapes représente une victoire sur mon chemin. Néanmoins il y a aussi d’autres victoires, celles qui vu de l’extérieur ne ressemblent à rien. Ce sont tous ces instants où j’ai réussi à ne pas baisser la tête devant l’adversité. C’est un permanent duel mental que l’on pourrait résumer par « le défi du quotidien »

Une de ces mises à l’épreuve a été l’intervention chirurgicale à mon poignet. Il y a une année, je vis un des moments les plus émouvants de ma vie lorsque je découvre que je peux à nouveau à me balancer en équilibre sur mes mains. Je monte un numéro que je présente quelques fois sur scène avant que la crise sanitaire remette tout à l’arrêt. Puis, cinq mois après ce retour au monde du spectacle vivant, une opération du tunnel carpien me force à faire marche arrière.

La convalescence prend beaucoup plus de temps que ce qui m’a été annoncé et je dois une fois de plus faire le deuil de cet incroyable cadeau de la vie qui avait été de retrouver l’art de l’équilibre sur les mains. Durant quatre mois je me pose la question si la douleur post-opératoire va un jour disparaître et si je vais pouvoir retrouver la performance qui, depuis fin avril 2020, me donnait la sensation d’avoir récupéré un corps entier, libéré de la paraplégie.

Tant bien que mal, je garde confiance et je me dis que tout reviendra. Aujourd’hui j’ai tout récupéré parce qu’au moment décisif j’ai su regarder vers ce petit, ce tout petit rayon de soleil qui pointait à travers les nuages. Il me rappelait qu’au-dessus de cette couche grise il y avait beaucoup de lumière. Alors au loin, j’ai entendu les trompettes du cirque qui entonnaient une romantique sérénade comme pour me dire : nous t’attendons, prends ton temps. Donne-nous ta joie d’être là ici et maintenant et tout le reste ne sera que du superflu. J’ai souri et je suis repartie.

Silke Pan

Silke Pan

Livre : A la conquête de nouveaux sommets, Editions Favre Une vie qui commence dans la lutte, Silke Pan se relève et de ses passions, elle en fait son métier. Artiste de cirque, elle travaille à travers toute l’Europe jusqu’au jour où une terrible chute du trapèze brise les ailes de l’acrobate. Paraplégique, Silke reprend son envol à travers le sport de compétition en handbike (vélo à bras). Grâce à sa collaboration avec l’EPFL pour le développement de l'exosquelette TWIICE., elle vit un miracle technologique. En 2020, un retour inattendu dans le monde de l'acrobatie et du cirque lui ouvre de nouvelles portes.