Alarme guide: attention au chien!

Certains soirs, croyez-moi, les restaurants sont peuplés de figurants. Un oeil avisé peut les démasquer. Surtout quand “Milou” vient l’aider.

 

On le sait, en temps normal, quand les restaurants sont ouvert, l’arrivée d’un critique gastronomique peut générer quelques émois. Heureusement, les collaborateurs du GaultMillau sont anonymes. Ils ont même l’interdiction de se présenter. Il y en a juste un qui, après un peu plus de vingt ans, ne passe pas toujours inaperçu. C’est moi.

Oh, les restaurateurs vous le diront presque tous : « Les guides, c’est un mal nécessaire. Je ne m’en préoccupe pas plus que ça ». Jusqu’au jour où le téléphone sonne: c’est pour une réservation, au nom de Knut Schwander…

«Ça y est, c’est le GaultMillau qui débarque». De plus, c’est un mardi soir, il va faire moche et il n’y pas une seule autre réservation… ». C’est alors que certains chefs passent à l’action et déclenchent l’alarme guide.

Ainsi ce mardi soir pluvieux de février (non, pas cette année!), je me suis garé devant une auberge. Un peu perdue, cette auberge. Mais voici la lueur de deux phares qui approche dans la nuit noire striée de rais argentés. C’est un break. Arrivé à ma hauteur, il met son signofile et se gare à côté de moi. C’en était presque réconfortant.

Je suis donc sorti de ma voiture en même temps que les trois occupantes du break et tout le monde s’est dirigé en courant vers le perron du restaurant. Sauf l’une des trois dames, obligée de s’arrêter parce que la laisse de son petit chien – un « Milou » comme dans Tintin – s’est entortillée autour du manche de son parapluie.

Pendant qu’elle se bat contre les éléments, la porte du restaurant s’ouvre. Coincidence? C’est le patron en personne qui est à l’accueil ce soir-là: « Bonsoir mesdames, vous avez une réservation? ». C’est le moment que choisi la retardataire empêtrée dans la laisse pour détacher Milou… qui accourt et saute littéralement dans les bras du patron de l’auberge. Tiens… pourtant, le joyeux animal ne semblait pas mal éduqué.

Le fin mot de cette histoire, je l’ai appris par la suite en écoutant la conversation des trois dames attablées: en fait, ces “Mesdames” étaient respectivement la sœur, la belle-sœur et une amie du patron. Il les avait invitées pour que le restaurant ne soit pas vide le soir du passage du GaultMillau. Ca m’a touché. Parce que c’est un réflexe d’entrepreneur soucieux de donner la meilleure image possible de son restaurant.

Merci donc à ce restaurateur et merci à tant d’autres, dont le réflexe m’honore. Mais croyez-moi, les figurants ne passent jamais inaperçus. Je les repère au plus tard au moment de l’addition, que d’ailleurs on ne leur présente généralement pas. Et surtout, à bientôt 58 ans, je vous l’assure, les salles vides ne me font pas peur. Au contraire, n’est-ce pas une forme de luxe suprême d’avoir un restaurant pour soi tout seul?

 

>> www.gaultmillau.ch

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