Il a traversé l’Atlantique en tonneau!

J’avais garé mon bus au bord de la baie d’Arcachon pour y passer la nuit dans le joli port d’ostréiculteurs à Arès, quand, au cours d’une ballade aux aurores avec mon chien, j’ai rencontré un monsieur qui ramassait des kilos de coquilles d’huîtres « pour combler les nids de poule sur son chemin privé » m’avait-t-il expliqué! Quand il a vu mon drôle de camping-car, il m’a demandé: “Qu’est-ce que vous foutez ici avec votre bus bizzarre?”. Je lui ai répondu que je cherchais des faiseurs de rêves. “Vous vous intéressez aussi aux rêves sportifs?” m’a-t-il lancé? Oui, pourquoi pas, ça dépend… “Et bien moi, je rêve de traverser  l’Atlantique dans un tonneau ! Une première mondiale!” J’ai ouvert tout grands les yeux, j’ai couru chercher ma caméra et nous avons commencé notre interview.

« Quand j’étais petit, j’ai lu le livre d’Alain Bombard, « Naufragé volontaire » dans lequel il a écrit qu’un tonneau jeté au large des Canaries arriverait trois mois plus tard aux Caraïbes, poussé par la seule force des alizées et des courants marins. J’ai voulu relever ce pari depuis toujours », m’a expliqué Jean-Jacques Savin.

Cet homme de 71 ans a eu une carrière professionnelle peu banale : militaire parachutiste, pilote privé ou encore conservateur du Parc National de Centre Afrique et orpailleur.

Et Jean-Jacques n’en était pas à son premier défi ! Ses cinq traversées du Bassin d’Arcachon à la nage et son ascension du Mont Blanc en 2015 attestent de son irréprochable forme physique. Il s’affiche en 2017 à la seconde place du championnat de France de Triathlon, 15 ans après avoir été vice champion d’Europe, et 7ème aux championnats du monde, dans cette même discipline. Jean-Jacques Savin a aussi traversé quatre fois l’Océan Atlantique en voilier !

Il m’a expliqué qu’il embarquerait en janvier 2019 à bord de son tonneau en contre-plaqué époxy depuis les îles Canaries. Cette traversée serait l’objet de plusieurs recherches scientifiques dont diverses études sur l’individu (solitude, comportement en habitacle restreint, impact du mouvement permanent et du déplacement très lent, en ajoutant à cela le facteur de la longue durée).

L’habitacle est en polyester pour résister à d’éventuels chocs (gare aux orques qui voudront jouer au foot !), ainsi qu’aux déferlantes laissées par les grands porte- conteneurs. Il dispose de quatre hublots : un sur chaque côté et un sous la coque pour « vérifier s’il n’y a pas de requins autour de moi avant de plonger pour pêcher ». Une quille lestée permet d’équilibrer l’ensemble.

Cette rencontre extraordinaire a marqué mon voyage et j’en ai réalisé un documentaire qui a aidé Jean-Jacques Savin à récolter le financement participatif pour vivre son rêve. Dans l’une des coquille vides des huîtres d’Arcachon, j’ai trouvé une perle aventurière.

Pari réussi!

Six mois plus tard, il jetait sa barrique à la mer! C’était le 26 décembre 2019. 122 plus tard, sa traversée s’est “terminée” le 27 avril après être entré en mer des Caraïbes.

“Après 122 jours et neuf heures, le méridien me positionne dans la mer des Caraïbes. La traversée est terminée. Merci à tous”, annonçait fièrement le septuagénaire par email. Le message était accompagné d’une photo, peu lisible, de son GPS.

“J’ai traversé le méridien qui me positionne en mer des Caraïbes à 20h00, heure française”, précisait-il dans un message à l’AFP, “la traversée de l’Atlantique est réussie. Dans une interview à l’AFP dans la semaine, le baroudeur avait indiqué qu’il estimerait son exploit achevé une fois entré dans la mer des Caraïbes. Grâce à la collaboration de garde-côte américains, il a réussi à monter à bord d’un pétrolier qui l’a déposé à Saint-Eustache.

Par la seule force des courants
L’ancien militaire s’était lancé à la mer le 26 décembre de l’île d’El Hierro, dans les Canaries, pour traverser l’Atlantique mû par la seule force des courants. Par goût de l’aventure et amour de la “sensation de liberté”, il avait pris place dans une embarcation orange, en forme de tonneau.

Son “compagnon”, comme il l’appelait dans ses messages sur Facebook (TESA, Traversée de l’Atlantique en tonneau) a été fabriqué dans un petit chantier naval d’Arès (Gironde), mesurant à peine trois mètres de long, avec un diamètre principal de 2,10 m et un espace de vie de 6m2.

L’aventure, suivie par plus de 23.000 personnes sur Facebook, a fait l’objet d’un livre rédigé par l’auteur Sophie Zeeny, paru aux Editions Ambre.

Chapeau bas cher Jean-Jacques!

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Isabelle Alexandrine Bourgeois

Après avoir collaboré pour la télévision, la presse écrite et la radio, Isabelle A. Bourgeois est déléguée humanitaire auprès du CICR avant de devenir rédactrice en chef du magazine du CICR "Avenue de la Paix". En 2018, avec Joy for the Planet, Isabelle traverse 23 pays comme journaliste bénévole pour partager le meilleur de l'homme, raconté dans «La route de la Joie», paru en janvier 2020.

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