Gestion du Covid: le poignant appel de détresse d’un jeune entrepreneur suisse

Exceptionnellement, je ne publie pas une vidéo joyeuse ni un article très positif! Mais parfois, la joie s’atteint aussi en expriment d’abord de la colère, de la tristesse et du désarroi devant certaines incohérences. Après la tempête, l’apaisement surviendra peut-être. Et la gestion du COVID entraîne parfois des conséquences très graves pour des milliers de petits entrepreneurs, jeunes et moins jeunes. Injustices, incohérences, mauvaise connaissance du terrain, indifférences et irresponsabilité mettent à genoux des hommes et des femmes qui pourtant travaillent dure et ont investi toute leur vie dans un projet ou dans des rêves professionnels. En Suisse, le brillant et jeune musicien, pianiste, compositeur et créateur d’espace de jeux vidéo grandeur nature LaserRed, Doryan-Emmanuel Rappaz, lance un appel de détresse poignant. J’ai eu coeur à relayer son message parce qu’on ne laisse pas tomber de jeunes entrepreneurs dont on ferme les activités depuis des mois, alors que de l’autre côté, ils croulent sous les commandements de payer, les factures et les menaces d’expulsion. “Risquer la faillite, non pas par incompétence, mais parce que l’on vous interdit de travailler ou que l’on ne vous indemnise pas ou peu, me semble terriblement injuste et cruel”, m’a confié Doryan. Et combien je le comprends! Que pouvons-nous faire pour l’aider, lui comme des milliers d’autres naufragés de l’absurdité de la gestion de la crise?

Voici sa lettre au Conseiller d’État et le témoignage-vidéo que j’ai recueilli pour lui:

 

“Monsieur le Conseiller d’Etat,
Madame Haenni,

En premier lieu, je souhaite vous remercier, Monsieur le Conseiller d’Etat Leuba, de prendre le temps d’échanger sur la situation dramatique de l’industrie du loisir et divertissement.

Mon nom est Doryan-Emmanuel Rappaz ; je suis membre des collectifs des loisirs vaudois et genevois et le propriétaire de plusieurs espaces de loisir dans les cantons de Vaud et Genève.

Monsieur le Conseiller d’Etat, Madame, la ruine nous ronge. La plupart d’entre nous a été jugé inélligible aux aides étatiques, malgré notre rentabilité – notre tort est d’avoir ouvert trop tard.

Nos économies ont donc été vidées par la première vague. La deuxième a frappé avant que nos réserves ne soient reconstituées. On nous a fait fermer, sous peine d’amende. Or, l’amende peut conduire à la prison à défaut de paiement. Nous vivons la rigueur au quotidien depuis octobre, mais nous ne sommes pas considérés comme des cas de rigueur.

Le Conseil fédéral et le parlement ont choisi de protéger les propriétaires – sans aider les locataires. Ainsi, privés d’aide car nous avons ouvert trop tard et inéligibles aux cas de rigueur, nous voyons approcher la ruine. Déjà, certains recoivent des avis d’expulsion. Les régies ne négocient pas ou peu.

La question des régies est particulièrement choquante : l’absence de geste laisse entendre qu’elles souhaitent nous remplacer par des entreprises covid-compatibles. Ce faisant, elles nous expulsent, gardent la caution, attaquent nos garants – soi nous-mêmes, nos parents et amis bien souvent – et, quand il ne reste plus rien, nous délaissent avec une faillite personnelle et un acte de défaut de biens – infamant en Suisse. C’est d’ailleurs ce que je vis en ce moment, avec des baux commerciaux signés pour 10 ans où j’ai été forcé d’être garant. Pour bien comprendre la situation et l’absence complète de soutien, je vous réfère à cet article : https://www.lematin.ch/story/quand-il-vous-reste-112-000-francs-de-loyer-a-payer-598237954821.

En résumé, nombre d’entre nous et nos familles risquent la ruine durable. Contrairement aux autres industries, nous n’avons pas de lobby fort. Pour dire les choses crument, nous sommes seuls et il ne semble pas y avoir de conséquence politique à nous abandonner. Nos entreprises partent déjà en faillite et nous entraînent, nos amis, proches et nous-mêmes, avec elles par l’effet du cautionnement solidaire.

Monsieur le Conseiller d’Etat, Madame, l’Etat ne peut pas nous forcer à choisir entre la prison pour avoir ouvert et la ruine pour avoir fermé. Nous avons des familles, nous avions des rêves et des carrières, nos entreprises marchaient et employaient du personnel et nous donnions vie à nos communautés et quartiers. Aujourd’hui nous sommes abandonnés et administrativement condamnés. Nos entreprises et nous-mêmes seront ainsi solidairement ruinés. Ce choix auquel nous sommes confrontés est contraire au principe d’égalité de traitement, à la garantie de la liberté économique, voire même à l’interdiction des traitements inhumains ou dégradants. En effet, bien des châtiments corporels sont moins durs à supporter que d’assiter, impuissant, à la ruine durable de son entreprise, de sa famille, de ses proches et de soi-même. N’infligez pas ce martyr à des personnes déjà désespérées; la seule chose que nombre d’entre nous aient encore à perdre est l’espoir d’une aide qui nous permettra de sortir de la tempête au printemps.

Je souhaiterais pouvoir vous rencontrer afin de présenter les difficultés de notre réalité et trouver un moyen, comme pour les autres industries comme les restaurateurs, de survivre à la pandémie. Nos entreprises étaient rentables, le public et la société demandent à se reconstruire. Nous indemniser le temps de juguler la pandémie coûtera moins que de nous laisser sombrer dans la précarité et sans avenir – sans avenir car nos dettes nos actes de défaut de biens survivront à la pandémie, de même que les titulaires de ces créances qui n’ont pas daigné nous laisser respirer. Malheureusement, mais sans surprise, ce comportement est protégé par le Conseil fédéral. Nous espérons toutefois que le canton de Vaud protégera mieux ses citoyens.

Je vous remercie par avance pour votre attention et vous prie d’agréer, Monsieur le Conseiller d’Etat, Madame, ma considération distinguée.

Doryan Rappaz “

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Isabelle Alexandrine Bourgeois

Après avoir collaboré pour la télévision, la presse écrite et la radio, Isabelle A. Bourgeois est déléguée humanitaire auprès du CICR avant de devenir rédactrice en chef du magazine du CICR "Avenue de la Paix". En 2018, avec Joy for the Planet, Isabelle traverse 23 pays comme journaliste bénévole pour partager le meilleur de l'homme, raconté dans «La route de la Joie», paru en janvier 2020.

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