La rebellion des joyeux

Chers lecteurs,

Cette chronique qui démarre aujourd’hui a pour but de nous faire aimer la vie, envers et contre tout. Simplement pour ce qu’elle est. Dans ses ombres comme dans ses lumières. Pour devenir des êtres libres et créateurs de nos destinées. À travers mes articles illustrés avec mes propres dessins, j’aimerais cheminer à vos côtés sur le sentier de l’unité, au-delà des divisions et des étiquettes, particulièrement exacerbées aujourd’hui. Dans une société proche de la schizophrénie, comment rester rassemblés, tout en osant exprimer ses opinions et être authentiques ? Comment observer et comprendre le manège, sans en faire partie ni se laisser happer par lui ? Voilà le fil conducteur de cette nouvelle chronique.

Monter aux barricades par la joie

Aujourd’hui, et plus que jamais, j’ai le sentiment que nous vivons dans une société à deux vitesses, que nous sommes en pleine distribution des équipes, les « Covidistes » d’un côté et les « Complotistes » de l’autre, pour pousser un peu la caricature, avec tout mon respect pour les uns et pour les autres. Les premiers saluent et respectent les règles sanitaires imposées. Ils font confiance au système et aux autorités. Les seconds dénoncent une conspiration mondiale au bénéfice de quelques-uns et placent leur confiance dans le bon sens, le discernement, la liberté d’expression et l’expérience personnelle de chacun. Chacune des équipes veut imposer ses règles du jeu à l’autre, au nom du bien commun. Bref, au final, on court derrière le même ballon, le bonheur de tous! Les médias et les réseaux sociaux nous inondent d’informations, de vérités et de contre-vérités. Je ne vais donc pas vous imposer un avis de plus ! Par ailleurs, ils nous enferment dans des étiquettes et des effets de syntaxe qui nous réduisent à un ou deux mots qui tournent en boucle. Je vous propose donc de dépasser ensemble cette polarisation collective et l’attachement aux identités pour nous rejoindre au même étage, là où nous sommes libérés de tout.

Au-delà des clivages, il nous est permis de percevoir l’émergence d’une nouvelle humanité en pleine éclosion, comme la chenille devient peu à peu un papillon. Je vois de plus en plus de citoyens qui se re-connectent aux lois de la création, à la nature, au soutien de l’économie locale, au respect du vivant sous toutes ses formes, à l’authenticité et à l’expression de nos vérités respectives. Je vois un monde où nous sommes invités à sortir de notre zone de confort pour redéfinir les grands axes de notre existence. Tout est remis en question, notre histoire personnelle comme l’Histoire du monde. Grâce au Covid, il faut réajuster les équilibres, se réinventer, se réveiller et sortir des ornières de la pensée unique. Je vis cette époque comme un grand coup de plumeau dans les étagères de notre conscience collective. Alors, plutôt que de m’affoler sur le cocon en pleine dislocation, je me concentre sur le processus de renaissance avec l’émergence de nouvelles réalités futures, peut-être extraordinaires dans l’histoire de notre évolution. Je fais le choix de fixer mon attention sur la beauté, le courage, la bonté, l’abondance et la générosité infinie de nombreux humains dont j’ai été témoin toute ma vie, aussi bien dans notre Suisse confortable que dans des pays en guerre, où j’ai travaillé comme déléguée du CICR. Cette approche explique toute ma démarche personnelle journalistique depuis plus de 25 ans. Après des années de collaboration au sein des grands médias suisses qui, de mon point de vue, diffusent en boucle une information unilatérale et anxiogène qui nous atrophie, j’ai décidé il y a une dizaine d’années, de mettre mon métier au service du meilleur de l’homme en nous encourageant à conquérir notre souveraineté par l’exemplarité et une actualité inspirante contagieuse. Le célèbre philosophe et médecin Albert Schweitzer avait d’ailleurs dit : « L’exemplarité n’est pas une manière d’influencer les autres; elle est la seule ».

Être soi sans se couper des autres
Comment œuvrer à devenir la plus haute version de nous-mêmes sans se laisser rogner les ailes par le monde extérieur, au travail, en famille ou avec nos amis ? Sans se laisser happer par l’hypnose collective ou s’effrayer des épouvantails du futur? Sans être fragilisés par ceux qui ne cessent de nous projeter leurs peurs ou de nous imposer leur lecture des événements ? Pour moi, la réponse est simple: en redevenant souverain. En reprenant le pouvoir sur chaque situation de notre quotidien, aussi anodine soit-elle. En remontant à la racine même de nos choix et de nos actions. En soupesant la part de peur ou d’amour derrière notre personnalité. Quel est le moteur de mon action : l’écoute de mon intuition et le respect de mes valeurs profondes ou la peur de déplaire, d’être discriminé, le besoin de pouvoir ou la crainte de la mort ? Comment être loyal à soi-même avant de vouloir me rassurer en rassurant les autres ? Être souverain, c’est décider pour soi-même. C’est refuser de sous-traiter son existence à d’autres que soi. C’est passer de la posture de la victime qui subit, au maître de son destin en se réinventant à chaque instant. C’est redevenir des esprits créateurs et libres, en désactivant en conscience toutes mines personnels en nous. C’est retourner une seconde de peur, de colère ou de tristesse en un instant de silence, de gratitude, de contemplation, d’acceptation ou de joie. C’est faire basculer une énergie lourde en une énergie pétillante, pour nous, comme pour les autres. De cette manière, nous pouvons à la fois être authentique et fidèle à nous-même, tout en étant relié aux autres.

Cette liberté se construit de l’intérieur. Il nous appartient de faire de chaque situation tendue une pâte à modeler en forme de grenade ou de bouquet de fleurs. Quand il m’arrive de me lever anxieuse (ce qui est rarissime) traversée par des pensées négatives, je constate immédiatement que je suis en train de me faire piller un peu de mon pouvoir et de ma force, comme une vigne grappillée par quelques prédateurs et oiseaux gourmands. Je décide aussitôt de me reconquérir et je cherche par tous les moyens à rendre un petit service à quelqu’un ou à réaliser quelque chose de créatif et de positif. D’observer cet inconfort aussi, et de l’accueillir sans jugement. Et me voilà « retournée » dans une belle énergie qui va m’accompagner toute la journée.

Joy for Switzerland
Tenez, il y a quelques jours, après avoir parcouru toute la Suisse pendant deux mois en camping-car, comme journaliste nomade, afin de partager des articles sur des rencontres inspirantes, dans le même esprit que mon tour européen d’une année en 2018 (www.joyfortheplanet.org), je me suis réveillée agacée par le développement de l’actualité. Au même moment, derrière ma fenêtre, j’ai remarqué quatre bergers qui couraient après des vaches qui s’étaient échappées de leur enclos. Après avoir finalement repris le contrôle de la situation, ils se sont affalés sur l’herbe, en sueur et épuisés. Je suis immédiatement sortie de mon bus pour leur proposer un bon café, ce qu’ils ont accepté avec plaisir. Et voilà comment j’ai sauvé ma journée. Quelques minutes de fraternité avec quatre gaillards qui passaient par là et qui m’ont mise en joie, dans la simplicité et la gratitude du moment présent.

J’aime beaucoup cette pensée de Rebecca Solnit: “La joie ne réduit pas, mais au contraire nourrit l’activisme. Et lorsque vous êtes face à des politiques qui visent à vous rendre inquiet, aliéné et isolé, la joie est un bel acte d’insurrection.” Je pense que lorsque l’on se sent immobilisé par un poids, même s’il s’est installé depuis de longues années en nous, nous pouvons décidé de nous en libérer, par le développement personnel d’une part, mais aussi par de simples petits gestes positifs, rendre service, faire un compliment à la caissière du supermarché, faire un don anonyme ou entrer en création par l’oeuvre artistique, par exemple. S’ouvrir à l’inconnu, oser sa vérité, risquer la différence et l’audace, s’est changer le plomb en or, en soi comme en l’humanité.

Quelle trace voulons-nous chacun laisser sur cette Terre? Une version de soi en format de « poche » imprimé ou une version en format « broché » orné d’enluminures? Feu l’écrivain Jean-Edern Hallier avait écrit : « La vie vous place devant cette alternative: réinventer l’honneur, la noblesse et le courage ou mourir frileux, repliés sur soi-même. »
Quel choix faisons-nous ?

@Dessin: Isou

 

 

 

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Isabelle Alexandrine Bourgeois

Après avoir collaboré pour la télévision, la presse écrite et la radio, Isabelle A. Bourgeois est déléguée humanitaire auprès du CICR avant de devenir rédactrice en chef du magazine du CICR "Avenue de la Paix". En 2018, avec Joy for the Planet, Isabelle traverse 23 pays comme journaliste bénévole pour partager le meilleur de l'homme, raconté dans «La route de la Joie», paru en janvier 2020.

3 réponses à “La rebellion des joyeux

  1. Bonjour Isabelle,
    Que vos mots font du bien. Mon épouse et moi partageons pleinement votre propos. Nous nous interrogions hier soir sur « quelle attitude adopter ? » y compris devant nos amis, tant notre position et discours surprennent au milieu de ce chahut de peurs, de mensonges de nos gouvernants, relayé par les médias. Nous souhaitons continuer à exister dans ce monde, tout en se protégeant. Votre exemple me conforte que nous sommes sur la bonne voie, et en route vers une nouvelle humanité.
    Bien à vous et très belle journée.
    Roland et Anne-Sophie.

  2. Bravo Isabelle !
    La leçon que tu présente si délicatement via ton interaction avec ces quatre bergers parle bien de comment on peut si facilement influencer nos attitudes. Tout comme un enfant grincheux, nos esprits sont susceptibles à changer de cap avec une distraction qui nous fait rire, sourire… et revenir sur nos valeurs principales.
    Merci encore et bonne continuation sur ton voyage joyeux !

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