Rencontre avec un cheminant soufi

En route vers la Scandinavie en mai 2018, je me suis arrêtée à Grandson pour rencontrer un être exceptionnel, le cheminant soufi Allaoui Abdellaoui, dans la Chapelle de ma famille dans l’église romane de Grandson.

Allaoui Abdellaoui est un grand homme, aussi humble qu’éclairé et éclairant. Il consacre sa vie à rassembler les peuples, unifier les croyances et apporter la paix. Il a été le 19ème Nominé de la Joie de cette aventure. Marie Mellioret s’était jointe à moi pour nous offrir une chanson arabe si merveilleusement interprétée, « Lamma bada Yatathana ». Voici la vidéo-souvenir de cette rencontre.

En février 2021, j’ai revu Allaoui Abdelaoui et j’avais déjà partagé nos retrouvailles sur ce blog. Je lui ai demandé comment traverser la crise actuelle avec sagesse et confiance. Pour mes lecteurs qui n’avaient pas encore pris connaissance de cette entrevue, je publie à nouveau le lien ici.
Découvrez toute l’aventure dans le livre et le film La route de la Joie, par Isabelle A. Bourgeois.

Il a traversé l’Atlantique en tonneau!

J’avais garé mon bus au bord de la baie d’Arcachon pour y passer la nuit dans le joli port d’ostréiculteurs à Arès, quand, au cours d’une ballade aux aurores avec mon chien, j’ai rencontré un monsieur qui ramassait des kilos de coquilles d’huîtres « pour combler les nids de poule sur son chemin privé » m’avait-t-il expliqué! Quand il a vu mon drôle de camping-car, il m’a demandé: “Qu’est-ce que vous foutez ici avec votre bus bizzarre?”. Je lui ai répondu que je cherchais des faiseurs de rêves. “Vous vous intéressez aussi aux rêves sportifs?” m’a-t-il lancé? Oui, pourquoi pas, ça dépend… “Et bien moi, je rêve de traverser  l’Atlantique dans un tonneau ! Une première mondiale!” J’ai ouvert tout grands les yeux, j’ai couru chercher ma caméra et nous avons commencé notre interview.

« Quand j’étais petit, j’ai lu le livre d’Alain Bombard, « Naufragé volontaire » dans lequel il a écrit qu’un tonneau jeté au large des Canaries arriverait trois mois plus tard aux Caraïbes, poussé par la seule force des alizées et des courants marins. J’ai voulu relever ce pari depuis toujours », m’a expliqué Jean-Jacques Savin.

Cet homme de 71 ans a eu une carrière professionnelle peu banale : militaire parachutiste, pilote privé ou encore conservateur du Parc National de Centre Afrique et orpailleur.

Et Jean-Jacques n’en était pas à son premier défi ! Ses cinq traversées du Bassin d’Arcachon à la nage et son ascension du Mont Blanc en 2015 attestent de son irréprochable forme physique. Il s’affiche en 2017 à la seconde place du championnat de France de Triathlon, 15 ans après avoir été vice champion d’Europe, et 7ème aux championnats du monde, dans cette même discipline. Jean-Jacques Savin a aussi traversé quatre fois l’Océan Atlantique en voilier !

Il m’a expliqué qu’il embarquerait en janvier 2019 à bord de son tonneau en contre-plaqué époxy depuis les îles Canaries. Cette traversée serait l’objet de plusieurs recherches scientifiques dont diverses études sur l’individu (solitude, comportement en habitacle restreint, impact du mouvement permanent et du déplacement très lent, en ajoutant à cela le facteur de la longue durée).

L’habitacle est en polyester pour résister à d’éventuels chocs (gare aux orques qui voudront jouer au foot !), ainsi qu’aux déferlantes laissées par les grands porte- conteneurs. Il dispose de quatre hublots : un sur chaque côté et un sous la coque pour « vérifier s’il n’y a pas de requins autour de moi avant de plonger pour pêcher ». Une quille lestée permet d’équilibrer l’ensemble.

Cette rencontre extraordinaire a marqué mon voyage et j’en ai réalisé un documentaire qui a aidé Jean-Jacques Savin à récolter le financement participatif pour vivre son rêve. Dans l’une des coquille vides des huîtres d’Arcachon, j’ai trouvé une perle aventurière.

Pari réussi!

Six mois plus tard, il jetait sa barrique à la mer! C’était le 26 décembre 2019. 122 plus tard, sa traversée s’est “terminée” le 27 avril après être entré en mer des Caraïbes.

“Après 122 jours et neuf heures, le méridien me positionne dans la mer des Caraïbes. La traversée est terminée. Merci à tous”, annonçait fièrement le septuagénaire par email. Le message était accompagné d’une photo, peu lisible, de son GPS.

“J’ai traversé le méridien qui me positionne en mer des Caraïbes à 20h00, heure française”, précisait-il dans un message à l’AFP, “la traversée de l’Atlantique est réussie. Dans une interview à l’AFP dans la semaine, le baroudeur avait indiqué qu’il estimerait son exploit achevé une fois entré dans la mer des Caraïbes. Grâce à la collaboration de garde-côte américains, il a réussi à monter à bord d’un pétrolier qui l’a déposé à Saint-Eustache.

Par la seule force des courants
L’ancien militaire s’était lancé à la mer le 26 décembre de l’île d’El Hierro, dans les Canaries, pour traverser l’Atlantique mû par la seule force des courants. Par goût de l’aventure et amour de la “sensation de liberté”, il avait pris place dans une embarcation orange, en forme de tonneau.

Son “compagnon”, comme il l’appelait dans ses messages sur Facebook (TESA, Traversée de l’Atlantique en tonneau) a été fabriqué dans un petit chantier naval d’Arès (Gironde), mesurant à peine trois mètres de long, avec un diamètre principal de 2,10 m et un espace de vie de 6m2.

L’aventure, suivie par plus de 23.000 personnes sur Facebook, a fait l’objet d’un livre rédigé par l’auteur Sophie Zeeny, paru aux Editions Ambre.

Chapeau bas cher Jean-Jacques!

François Maurisse, l’homme qui se marie avec les fleurs

Aujourd’hui, je fais font escale dans le bassin d’Arcachon, au cœur de la nature, où j’ai rendez-vous avec un exflorateur.

A Bordeaux, j’ai rencontré un Merlin l’Enchanteur contemporain. Le visage encadré par de fines bouclettes blondes, un chapeau de toile froissé, le pas silencieux et léger, il est à l’affût de chaque brindille, feuilles ou pétale sur son chemin. Il s’appelle François Maurisse et il est l’homme qui se marie avec les fleurs. C’est un exflorateur. En deux mots, il fait de la haute couture végétale ; il créé des « demoiselles » avec des herbettes et tout ce qu’il trouve de plus beau dans la nature. « Je pars en exfloration sans savoir ce que je vais trouver. Et soudain, un endroit m’inspire ». Dans son sac à dos, une petite table pliante, des outils de chirurgien, un appareil-photo de cador. « Je flashe sur une fleur, des feuilles, une tige, des pétales », raconte-t-il. « Je les agence en les épinglant sur un fond de papier blanc. Et je photographie en très haute définition ». Le résultat est d’une poésie et d’une délicatesse extrême. Les « herbettes » comme il les appelle, ont l’air de respirer, de danser ou de défiler avec grâce sur le podium du magicien qui n’a que 30 minutes pour immortaliser dans son objectif l’éphémère présence. Après, tout se fane et disparaît. C’est une rencontre amoureuse avec les esprits de la nature.

Forêt primaire

Cet amour pour la nature et les fleurs, François Maurisse l’a développé lors de son expérience inoubliable en Thaïlande où il a vécu un an et demi dans une forêt primaire avec des autochtones. « Contrairement à beaucoup, je n’ai jamais pris d’ayahuasca pour pénétrer dans le grand livre de la nature. Je n’ai jamais voulu tricher ou prendre des raccourcis. Un bon tambour et beaucoup d’amour suffisaient à me faire voyager» explique-t-il.

Cet ancien orpailleur, chasseur de papillons, naufragé, restaurateur et ingénieur du son s’est aujourd’hui reconverti en pygmalion des pétales, des herbettes et des feuillages. Il prête vie à la nature et lui donne un corps et un visage. Et quand on les regarde, ses petites fées mortelles, on ne peut plus passer devant une vigne vierge, un mimosa ou une fleur de pissenlit sans demander quel petit mannequin fabuleux naîtrait des mains de François Maurisse. Il est devenu notre 12ème Nominé de la Joie.

Deux ans plus tard, François est resté une grande source d’inspiration. Je viens de lui parler au téléphone aujourd’hui même (11 mars 2021). Pour traverser la crise du Covid sereinement, il a décidé de déployer sa souveraineté en devenant le plus indépendant et autonome possible. Il a crée un jardin et un lieu de vie où il peut vivre complètement en autarcie. Énergie solaire, récupération de l’eau de pluie, chauffage au bois,  cultures et permaculture. Il a un rucher, des poules et des moutons. Il veut incarner le monde qu’il souhaite voire advenir, dans le respect des lois de la vie et de la nature, sans masque ni vaccin. Juste en restant un être humain, humain.

 

Escale en Bretagne où j’ai remis une lampe solaire à Thierry Garance

Après avoir traversé un morceau de Suisse, les Temples de l’Humanité à Damanhur en Italie, la Sardaigne, la Corse et le sud de la France, me voici arrivée en Bretagne où j’ai fait une nouvelle rencontre émouvante. Nous sommes en mars 2018, deux ans avant la fermeture des frontières et l’arrivée du Covid qui a chamboulé nos vies.
Voici Thierry Garance. Après avoir perdu sa femme et ses amis, ce père a fait le choix de pardonner.
Comme le hasard est merveilleusement intelligent. En visite chez des amis bretons dans dans la région de Trégon (nord de la Bretagne), j’ai garé mon camping-car devant une jolie maison en pierres avec des volets bleus. Au crépuscule, j’ai croisé son propriétaire qui n’était autre qu’un célèbre artiste et ancien maquettiste à Charlie Hebdo. Thierry Garance était l’ami d’enfance du dessinateur Tignous et proche de la plupart des victimes de l’attentat à la rédaction du journal qui a coûté la vie à 12 personnes le 7 janvier 2015.
Derrière les volets bleus de la maison en pierres, j’ai donc rencontré Thierry. Un « héros » ordinaire extraordinaire. Un homme qui a fait de ses épreuves du grain à moudre pour déguster l’existence comme un café d’exception. Thierry a témoigné devant ma caméra de la grande résilience qu’il a réussi à vivre après plusieurs drames qui ont bousculé son existence dont le décès prématuré de la mère de ses enfants, suite à une maladie, puis la mort brutale de ses amis et collègues tombés sous les balles des assaillants.

Non à la victimisation, oui à la vie !

Les premiers temps, que cela soit après la mort de son épouse ou après l’assassinat de ses amis, Thierry Garance s’était mis dans la posture de la « victime » impuissante, maudissant les assassins et déplorant les drames du monde. « Puis j’ai compris que se « victimiser » nous maintenait la tête sous la presse de l’immobilisme et de l’inertie », raconte-t-il. Il a raison. Se plaindre et faire porter la faute aux autres, c’est démissionner de sa propre existence. C’est donner la victoire à ceux qui sèment le trouble et le chaos. Alors, cet artiste talentueux a repris les rênes de sa vie en faisant le choix de la confiance et de la beauté, au-delà des ombres et des pièges que peuvent nous tendre la haine et la violence. Demander à notre personnalité et à notre ego de se plier aux volontés de l’âme est un défi quotidien.

Un souvenir sur Begoodee

Thierry Garance m’a fait le cadeau de dessiner sur Begoodee le héros de la BD de Tignous et de la mini-série TV de 15 épisodes intitulée « Panda dans la brume ». Son fils Malo a lui aussi dessiné mon chien Ulysse avec cette petite bulle au-dessus de sa tête : « Reste debout »! Un message prémonitoire puisque quelques jours plus tard, Ulysse a survécu à un très grave oedème pulmonaire dont il s’est complètement remis grâce à sa rage de vivre et l’envie manifeste de m’accompagner quelques temps encore dans cette mission au service de la joie. Pour sa force et pour l’amour qu’il a choisi de servir malgré la tentation de la colère et du désespoir, j’ai offert à Thierry notre petite lampe solaire. Afin que la lumière soit plus forte que la nuit.

Gestion du Covid: le poignant appel de détresse d’un jeune entrepreneur suisse

Exceptionnellement, je ne publie pas une vidéo joyeuse ni un article très positif! Mais parfois, la joie s’atteint aussi en expriment d’abord de la colère, de la tristesse et du désarroi devant certaines incohérences. Après la tempête, l’apaisement surviendra peut-être. Et la gestion du COVID entraîne parfois des conséquences très graves pour des milliers de petits entrepreneurs, jeunes et moins jeunes. Injustices, incohérences, mauvaise connaissance du terrain, indifférences et irresponsabilité mettent à genoux des hommes et des femmes qui pourtant travaillent dure et ont investi toute leur vie dans un projet ou dans des rêves professionnels. En Suisse, le brillant et jeune musicien, pianiste, compositeur et créateur d’espace de jeux vidéo grandeur nature LaserRed, Doryan-Emmanuel Rappaz, lance un appel de détresse poignant. J’ai eu coeur à relayer son message parce qu’on ne laisse pas tomber de jeunes entrepreneurs dont on ferme les activités depuis des mois, alors que de l’autre côté, ils croulent sous les commandements de payer, les factures et les menaces d’expulsion. “Risquer la faillite, non pas par incompétence, mais parce que l’on vous interdit de travailler ou que l’on ne vous indemnise pas ou peu, me semble terriblement injuste et cruel”, m’a confié Doryan. Et combien je le comprends! Que pouvons-nous faire pour l’aider, lui comme des milliers d’autres naufragés de l’absurdité de la gestion de la crise?

Voici sa lettre au Conseiller d’État et le témoignage-vidéo que j’ai recueilli pour lui:

 

“Monsieur le Conseiller d’Etat,
Madame Haenni,

En premier lieu, je souhaite vous remercier, Monsieur le Conseiller d’Etat Leuba, de prendre le temps d’échanger sur la situation dramatique de l’industrie du loisir et divertissement.

Mon nom est Doryan-Emmanuel Rappaz ; je suis membre des collectifs des loisirs vaudois et genevois et le propriétaire de plusieurs espaces de loisir dans les cantons de Vaud et Genève.

Monsieur le Conseiller d’Etat, Madame, la ruine nous ronge. La plupart d’entre nous a été jugé inélligible aux aides étatiques, malgré notre rentabilité – notre tort est d’avoir ouvert trop tard.

Nos économies ont donc été vidées par la première vague. La deuxième a frappé avant que nos réserves ne soient reconstituées. On nous a fait fermer, sous peine d’amende. Or, l’amende peut conduire à la prison à défaut de paiement. Nous vivons la rigueur au quotidien depuis octobre, mais nous ne sommes pas considérés comme des cas de rigueur.

Le Conseil fédéral et le parlement ont choisi de protéger les propriétaires – sans aider les locataires. Ainsi, privés d’aide car nous avons ouvert trop tard et inéligibles aux cas de rigueur, nous voyons approcher la ruine. Déjà, certains recoivent des avis d’expulsion. Les régies ne négocient pas ou peu.

La question des régies est particulièrement choquante : l’absence de geste laisse entendre qu’elles souhaitent nous remplacer par des entreprises covid-compatibles. Ce faisant, elles nous expulsent, gardent la caution, attaquent nos garants – soi nous-mêmes, nos parents et amis bien souvent – et, quand il ne reste plus rien, nous délaissent avec une faillite personnelle et un acte de défaut de biens – infamant en Suisse. C’est d’ailleurs ce que je vis en ce moment, avec des baux commerciaux signés pour 10 ans où j’ai été forcé d’être garant. Pour bien comprendre la situation et l’absence complète de soutien, je vous réfère à cet article : https://www.lematin.ch/story/quand-il-vous-reste-112-000-francs-de-loyer-a-payer-598237954821.

En résumé, nombre d’entre nous et nos familles risquent la ruine durable. Contrairement aux autres industries, nous n’avons pas de lobby fort. Pour dire les choses crument, nous sommes seuls et il ne semble pas y avoir de conséquence politique à nous abandonner. Nos entreprises partent déjà en faillite et nous entraînent, nos amis, proches et nous-mêmes, avec elles par l’effet du cautionnement solidaire.

Monsieur le Conseiller d’Etat, Madame, l’Etat ne peut pas nous forcer à choisir entre la prison pour avoir ouvert et la ruine pour avoir fermé. Nous avons des familles, nous avions des rêves et des carrières, nos entreprises marchaient et employaient du personnel et nous donnions vie à nos communautés et quartiers. Aujourd’hui nous sommes abandonnés et administrativement condamnés. Nos entreprises et nous-mêmes seront ainsi solidairement ruinés. Ce choix auquel nous sommes confrontés est contraire au principe d’égalité de traitement, à la garantie de la liberté économique, voire même à l’interdiction des traitements inhumains ou dégradants. En effet, bien des châtiments corporels sont moins durs à supporter que d’assiter, impuissant, à la ruine durable de son entreprise, de sa famille, de ses proches et de soi-même. N’infligez pas ce martyr à des personnes déjà désespérées; la seule chose que nombre d’entre nous aient encore à perdre est l’espoir d’une aide qui nous permettra de sortir de la tempête au printemps.

Je souhaiterais pouvoir vous rencontrer afin de présenter les difficultés de notre réalité et trouver un moyen, comme pour les autres industries comme les restaurateurs, de survivre à la pandémie. Nos entreprises étaient rentables, le public et la société demandent à se reconstruire. Nous indemniser le temps de juguler la pandémie coûtera moins que de nous laisser sombrer dans la précarité et sans avenir – sans avenir car nos dettes nos actes de défaut de biens survivront à la pandémie, de même que les titulaires de ces créances qui n’ont pas daigné nous laisser respirer. Malheureusement, mais sans surprise, ce comportement est protégé par le Conseil fédéral. Nous espérons toutefois que le canton de Vaud protégera mieux ses citoyens.

Je vous remercie par avance pour votre attention et vous prie d’agréer, Monsieur le Conseiller d’Etat, Madame, ma considération distinguée.

Doryan Rappaz “

Il était une fois…Koum ou l’amour au bout des bras

Il a traversé la France pour ouvrir ses bras aux Français et à tous ceux qui ont croisé sa route. Il a offert des milliers de câlins gratuits avec 0 francs en poche. Je l’ai rencontré à Toulouse où nous avons vécu une cession de « free hugs » avec Marie Mellioret, première Nominée de la Joie, qui m’avait m’accompagnée pour quelques jours. Et dire que cette épisode appartient déjà à un autre monde. Il a passé du témoignage aux archives de l’Histoire. Revivrons-nous un jour des free-hugs comme celui-ci?

A 47 ans, Koum Dièse a traversé la France pour étreindre. Son but, partager son optimisme grâce à un remède très simple: serrer tout le monde dans ses bras. Sur ma route, j’ai rencontré un frère. Pour Koum, rien ne peut se faire de constructif dans un esprit de négation. « Les gens ne croient plus en l’humain tant ils sont assaillis d’une sur-exposition d’informations négatives. » Et c’est bien mon combat depuis plus de 20 ans. Mettre mon métier de journaliste au service de la beauté, de la souveraineté et de l’ouverture. Même si notre planète est encore malmenée par l’ignorance et les croyances, ce n’est pas une excuse pour démissionner et baisser les bras. Et Koum, au contraire, jusqu’à l’épisode du Coronavirus, les a levés et les a présenté au monde, avec une simplicité déroutante. Juste avec ses bras, ses pieds, une guitare et la volonté de passer à l’action. Pendant son aventure, il a dormi chez l’habitant et a payé son co-voiturage avec les pièces qui tombaient dans son chapeau lorsqu’il se mettait à jouer.

Pour cela, je lui ai offert une lampe solaire, notre humble récompense. Parce que Koum est justement l’un de ces petits êtres humains si grands. Anonyme et pourtant porteur d’une douce lumière. Un petit monsieur de 47 ans qui n’attend pas que les autres bougent pour respirer le monde et le faire respirer. Il n’espère rien de son Président, des gouvernements, de ses proches, du Pape ou du Président des Etats-Unis. Il est son propre repère et son propre levier d’action. Un maître pour lui-même et une source d’inspiration pour les autres. En plus, Koum est un bassin de gentillesse et de douceur.

Lorsqu’il a reçu notre lampe, il en a eu les larmes aux yeux. Et nous aussi. Nous avons été touchés de cette reconnaissance mutuelle à étreindre l’humanité chacun à sa manière. Moi avec mon bus, ma caméra et ma plume, lui avec une solide paire de bras. Marie, avec ses fleurs, sa voix, sa poésie et un amour sans filtre.

Cet après-midi du mois de mars 2018, nous sommes partis au centre-ville de Toulouse pour offrir une cession de free-hugs. J’étais à la caméra, Koum et Marie étaient en première ligne. Et j’ai été surprise de voir combien de gens se jetaient dans leurs bras, avec joie, gratitude et parfois même, une certaine faim d’être accueillis inconditionnellement. Juste de sentir la chaleur d’un autre corps contre soi. Une passante nous a dit: « Comme cela me fait du bien! Cela fait des mois que personne ne m’avait prise dans ses bras »… Que dire aujourd’hui, alors que chacun est confiné, coupé des autres, ou même parfois enfermé? Se prendre dans les bras est venu un acte subversif.

Quand j’ai vu tous ces regards se transformer par leurs étreintes, les sourires se déployer et des rires exploser, je me suis dit que j’étais, moi aussi, sur la bonne route, à montrer et honorer ces magiciens de l’âme, si loin de tous les illusionnistes de notre planète.

Deux ans plus tard, je me dis que j’ai eu une chance inouï de vivre mon périple dans cette liberté de mouvement, d’expression, de rencontre et de tendresse humaine. Jamais je n’aurais imaginé que quelques mois plus tard, embrasser ou prendre un ami contre soi, deviendrait un instant d’une rare intensité.

Quoiqu’on dise, je pense que l’être humain est fait pour aimer, se réunir, échanger, tendre la main, se toucher, rire et danser. Bertrand Kiefer, dans la Revue médicale suisse écrit ceci: “D’autre part parce que nous sommes des animaux sociaux qui dépérissent dans la solitude, qui ont davantage besoin de relations avec les autres que de surinvestigation de leur propre existence, et dont les mœurs du groupe déterminent une bonne part de la santé.”

Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour, voler un baiser à la sauvette deviendrait un acte de résistance. Et ce qui est paradoxal, c’est qu’il est perçu comme un geste aussi irresponsable qu’égoïste pour les uns, et un acte de bravoure et de résilience pour les autres. Pour un camp, s’embrasser c’est se donner la mort par contagion. Pour l’autre camp, c’est se donner la vie par effusion d’amour et de tendresse. Comment alors joindre l’inconciliable? Pour moi, le choix est clair.

Rencontre dans la simplicité des cimes

En pleine crise covidienne, j’ai rencontré deux esprits libres. Aujourd’hui, pour trouver ces “vivants”, comme j’aime les surnommer, il faut marcher loin et monter haut, très haut. Nous sommes donc chez Alphonse Bachmann, berger et gardien de génisses depuis 30 ans, en présence de Matthias Faeh, agriculteur, arboriculteur, ingénieur et avec qui nous démarrons un podcast intitulé “Le monde à l’endroit”, consacré à l’âge d’or et au renversement des valeurs inversées du Kali-Yuga, afin d’assister ensemble au rétablissement des équilibres dans le respect des lois de la nature. Dès aujourd’hui, nous vous proposons ensemble une série de podcasts engagés et positifs, avec le souhait de vous offrir un soutien dans ce qui ressemble bien à une “nuit noire” de l’âme collective humaine. Nous parlerons de valeurs inversées, de science et conscience, du retour au respect des lois naturelles, de discernement et de joie. En attendant, voici notre premier épisode, en version audio ou en format documentaire.

https://lemondealendroit.podbean.com

 

 

Vivre en conscience, c’est retrouver de la saveur en tout

Lors de mon road-trip européen en 2018, j’avais rencontré en Suisse un cheminant soufi pratiquant la voie du Tassawouf. Cette voie indique un cheminement sans fin, sans limites, sans prétention, sans gloire, sans médaille et sans remerciements. Il est d’une rare profondeur et animé de la délicatesse des poètes. Allaoui Abdellaoui est aussi un grand serviteur du dialogue interculturel et du rapprochement entre les peuples. Il y a quelques années, avec une trentaine d’autres marcheurs, principalement musulmans et chrétiens, il avait marché pour la paix, du Flüeli-Ranft à Berne. Au terme de ce Périple pour une culture de paix, organisé par l’Association internationale soufie Alâwiyya (AISA) avec le soutien de l’association Compostelle-Cordoue, les participants avaient remis au président de la Confédération, Didier Burkhalter, le message de paix envoyé naguère par saint Nicolas de Flue aux Bernois. Deux ans plus tard, j’ai demandé à le revoir. C’était il y a quelques jours. Avec deux amis, nous l’avons questionné sur sa lecture de la crise actuelle. Interview.

Cher Allaoui, comment traversez-vous ces temps agités dans le monde ?

« Actuellement, tous les gens qui sont dans leur cœur et l’intériorité, voient dans ce phénomène (Covid) un messager, qu’importe le nom qu’on lui donne. Il est venu nous réveiller, nous interpeller à travers un point fondamental, au cœur de la méditation soufie, qui consiste à passer de la séparation vers l’unité. Ce souffle qui s’est imposé à nous à travers l’infiniment petit est en train de nous montrer la puissance de l’Absolu. Il interpelle beaucoup de gens qui me disent qu’ils n’ont jamais été aussi loin dans la profondeur. Tout s’est imposé à nous vers l’intériorité, avec un retour de la saveur. La saveur dans les échanges, le recueillement, les repas, les rencontres et dans chaque petite tâche quotidienne. Car il n’y a pas un atome de la création qui ne porte le nom de l’Adoré. Ce virus est un serviteur; il nous bouscule et fait bien son travail. Et cela ne va pas s’arrêter de si tôt. Jusqu’à ce que nous comprenions pourquoi nous sommes là, et ce que nous faisons de ce pèlerinage terrestre…

Comment rester en joie dans un contexte aussi tendu ?

Les cheminants sont les fils et les filles de l’instant. La joie est toujours là, mais il faut trouver la bonne fréquence. Si l’on est sur la bonne fréquence, nous recevons tout ce dont nous avons besoin pour être dans la confiance et la constance. Dès lors qu’un être vit sa relation avec l’Absolu, ce qui lui est adressé est adressé à toute la Création. C’est un chemin exigeant.  Quel que soit notre façon de nous rapprocher de notre intériorité, si nous sommes dans une posture sincère, même dans ces temps tourmentés, nous pouvons goûter à cette saveur qui va nous aider à nous relier à nous-mêmes. Nous sommes issus du même souffle. Y compris le grain de sable ! Lui aussi porte en lui le secret de Dieu, ce qui fait qu’il y a un autre grain de sable qui en tombe amoureux! La prière qui nous est demandée aujourd’hui est une prise de conscience. Désormais, tout ce qui n’est pas lumière sur la Terre est élagué. De ce fait, l’homme peut être à tout instant en relation directe avec sa Source.

En vous écoutant, j’entends que l’esprit divin est en tout, y compris dans les êtres les plus mal intentionnés. Est-ce que cela signifie que le souffle divin est aussi dans le vaccin que l’on cherche à nous imposer ? Personnellement, je ne suis tout de même pas très rassurée…

Je suis dans la même posture que toi et je te comprends. Compte tenu des moyens de communication actuels, il y a beaucoup de choses qui se disent. Pour ma part, si un jour un vaccin fiable était découvert, cela serait par l’entremise de tous les scientifiques de la planète, après s’être réunis par amour pour toute l’humanité, sans manipulation et sans la recherche du profit. Nous devrions être capables de discerner ce qui va dans le sens du bien de l’humanité et ce qui se fait par intérêt économique. Oui, tu as raison de t’inquiéter. Qui peut aujourd’hui nous garantir que le vaccin qui circule actuellement est sans conséquence pour l’homme ? Pourquoi ne pas laisser l’être humain créer sa propre immunité, comme ce fut le cas depuis toujours ? En étant actif, en marchant, en se nourrissant correctement, en priant, en méditant et en ne se laissant pas happer par la peur qui génère une fréquence qui va créer des brèches en nous. Restons vigilants, mais ne jugeons pas. Si quelqu’un veut se faire vacciner, il faut respecter son choix. Moi, je déciderai selon ma conscience, en tant voulu. Mais l’arrivée du vaccin va générer des situations qu’il va falloir laisser se découvrir. Tant que quelqu’un ne l’a pas expérimenté, il va toujours penser que ce qu’il pense est juste. Il faut donc le laisser faire. Mais dans notre cœur, il ne faut pas le condamner. Si nous condamnons, nous faisons le jeu de la séparation.

Comment affuter ce sens du discernement quand on est bombardé d’informations ?

Il faut trouver la posture qui nous permette de filtrer en nous ce qui est juste de ce qui ne l’est pas. Plus nous devenons sincère en dedans, plus tout ce qui n’est pas vrai à l’extérieur et qui nous submerge est filtré. Nous ne laissons passer que ce qui est utile et indispensable. Pour apprendre à reconnaître si ce qui est donné de l’extérieur est bon pour soi, il suffit de ressentir si c’est une bonne énergie ou si c’est perçu comme un fardeau et une entrave à notre évolution. La sincérité du cœur, c’est de savoir si ce qui est dit me rapproche de ma source ou m’en éloigne. La Connaissance doit être transmise sans perturbations.

“Celui qui cherche est celui qui trouve quelqu’un sur son chemin pour l’aider à chercher.”

La vie plie les humains aux expériences pour éveiller de plus en plus cette soif d’Absolu en eux. Or, le chemin du soufisme n’est pas un chemin qui étanche la soif. Il donne au contraire de plus en plus soif, jusqu’au moment où nous allons réussir à creuser un puits en nous-même. Aussi souvent que vous aurez soif, vous saurez où aller chercher de l’eau. En allant chercher en soi l’eau du puits creusé en nous, nous ne dépendrons plus de l’eau qui nous est acheminée depuis l’extérieur.

Comment cohabiter harmonieusement avec la dualité spectaculaire qui nous touche actuellement ?

En nous dilatant. En devenant l’océan qui l’intègre en lui. Intégrer la dualité, ce n’est pas se résigner ou se soumettre à elle. Par exemple, nous pouvons accueillir avec amour l’incohérence dans la gestion de la crise sanitaire. Et en même temps, prendre position et signer des pétitions ou des référendums.  Nous pouvons poser des actions concrètes dans notre réalité pour préserver notre souveraineté. Sans violence. Accueillir ce qui est d’une part, poser ses limites et dire « stop » d’autre part. C’est la posture de la sagesse. Tout ce qui est accompli à l’extérieur doit être accompagné par quelque chose qui vient du dedans. Il faut trouver le bon équilibre. Le soufisme est une lumière qui est révélée dans le cœur de l’être qui lui permet de percevoir l’origine et l’aboutissement de tout événement. C’est une perception de cette lumière pour laquelle les contingences spatio-temporelles n’existent pas.

Où cette division entre nous va-t-elle nous mener?

Je crois que la bifurcation est inévitable. Les élites qui disposent des technologies et de la science ne vont pas s’arrêter là. Elles vont faire leur travail. Parce qu’elles y croient. Elles croient aux bénéfices que tout cela va leur apporter. Tandis que les autres croient plutôt en la force qui les habite. L’être humain possède une énergie extraordinaire! Nous allons encore nous écarter beaucoup les uns des autres. Mais à un certain moment, les gens qui se battent pour la vie, vont devenir comme un immense aimant qui va attirer à lui de plus en plus d’éléments de l’autre côté et les rapprocher de la vie. Parce que de l’autre côté, cela va conduire à la mort. On veut enlever le souffle divin de l’être humain pour en faire un robot. Or, pour dévier ceux qui oeuvrent dans cette direction, il faudrait qu’une faiblesse s’installe dans ce camp-là et une grande force dans le camp adverse. La force est du côté de la Vie. Qu’il y a-t-il de plus fort que ce que nous sommes ? Cette humanité a traversé combien d’épreuves ? Nous sommes toujours là ! Les guerres, les épidémies, la barbarie ont commencé un jour et se sont terminées. Il faudrait que les êtres qui font le choix de la vie y croient de plus en plus intensément. C’est une question d’intensité! Un atome de méditation équivaut à une année de prière.

Comment développer cette faculté de croire en la vie ?

En prenant conscience de tout ce que nous faisons: en buvant le thé, en discutant avec un ami, en travaillant. En réalisant que tout peut être une source de force et d’énergie.

Est-ce que les minutes où nous ne sommes pas dans notre authenticité et sincérité, c’est se trahir ?

Non, à condition de garder la saveur et la quintessence du cœur en soi. Parfois, on doit céder sa part pour permettre à l’autre d’en avoir plus. Cela dit, il ne faut pas se sacrifier. On peut momentanément se renier sans pour autant perdre la saveur de ce que l’on fait. Si la part de soi que l’on donne à l’autre est en parfaite osmose avec ce qui va nous faire avancer, c’est parfait. C’est par l’extrême faiblesse que nous obtenons l’extrême capacité. Il ne faut pas arrêter le souffle divin de se manifester quand il veut, où il veut, comme il veut, dans n’importe quelles circonstances. Vous par exemple, Isabelle, je suis sûre que pendant votre voyage à travers l’Europe, vous avez fait beaucoup de sacrifices… Mais vous les avez faits avec joie et fluidité, car vous saviez que cela allait vous faire avancer sur votre chemin de vie. Il ne faut jamais quitter ce centre que nous sommes. Si l’attitude de l’autre nous blesse ou nous empêche d’évoluer intérieurement, ce n’est pas bien. Si j’accepte de me laisser rétrécir, je me trahis. Et cela, quand c’est le cas, on le sent très bien.

Il semble que nous soyons gouvernés par des êtres de basse vibration et souvent très peu éclairés. Comment donner le pouvoir à des hommes valeureux et « savoureux », qui placent le bien collectif au-dessus de leurs intérêts propres ?

En multipliant des êtres qui ont soif ! Soif de partages et de connaissances. Et en mettant de l’intensité dans tout ce que nous vivons, nous finirons par devenir des aimants qui vont attirer toute l’humanité dans notre amour. Cela ne va pas se faire en imposant quoique ce soit, mais en diffusant cette quête à travers des circuits aussi subtils que la « brise du matin », comme disait Rumi. Ce n’est pas une question de nombre ni de quantité, mais d’intensité et de reliance à l’Absolu.

Nous sommes responsables de ce que nous pouvons vivre. Il faut se quitter avec la joie dans le cœur et la nostalgie de se revoir à nouveau. Le critère est là. Laisser encore un peu de soif en l’autre. C’est pour cela que des rencontres de cœur à cœur sont des rencontres rares et d’un autre niveau. Le chemin du cœur est le chemin de l’impossible. Cette quête est liée à l’humilité. Il n’y a pas de diplôme, ni de médailles, ni d’honneurs.

Et si vous permettez, j’aimerais conclure notre entretien par ce texte récent du Cheikh Khaled Bentounes (ndlr : guide spirituel de la confrérie soufie Alawiyya) qui résonne particulièrement pour moi et se prête parfaitement à notre époque actuelle.

« Aujourd’hui nous sommes dans les situations où le message de Jésus semble d’une urgence capitale, voire vitale. Notre monde est gravement malade, seule une médecine radicale peut le soigner. Pourquoi tant de misère et de haine, de conflits et de corruption ? Au nom de qui ? Pour servir quels intérêts ? Au nom de Dieu ? Au nom d’Allah ?… Quel est le sens d’un monde en démence où personne n’ose dire la vérité par peur d’être incapable de la vivre et d’en assumer la responsabilité et les conséquences. La vérité est exigeante comme l’est le message de Jésus. Dans l’atmosphère dramatique de notre époque qui peut concevoir que pour trouver Dieu il faut tout donner. Quel est le pays, la communauté, l’être capable de tout donner pour tout recevoir ?

Dans le monde actuel, ne pas tricher avec soi-même soulève mépris, ironie et sarcasme. Pourtant nous allons vers un monde qui nous impose d’être et non de paraître. Humain se conjugue au verbe être et non au verbe avoir. C’est à ce prix que nous pourrons résister au chaos qui nous attend. Que Dieu accorde sa grande miséricorde à tous les innocents qui périssent par la faute de l’incompréhension et de la bêtise humaine. Nous devons tous avoir la foi et l’espérance même si on se sent seul.

Notre force et notre énergie proviennent de la source inépuisable de la Miséricorde divine et dans l’épreuve que nous traversons tous, sans distinction de race, de religion ou de philosophie. Restons solidaire à construire le cercle de l’unité, de la paix pour tous ceux et celles des générations à venir.

Que la divine providence puisse nous prendre tous en charge et nous guider dans ces temps de tempête et d’incertitude vers le bien commun d’une humanité réconciliée.

Je suis ce que véritablement intérieurement je suis. Je suis d’abord un être vivant, pas un être enchaîné à une race, une culture ou une religion. Je suis né Homme libre. On m’a appris à être juif, chrétien et musulman à être ceci ou  cela… Ce sont les contraintes du milieu culturel qui nous formatent. Laissons tomber ce formatage. Et osons être nous-mêmes : de simples êtres humains. »

 

 

Nous n’avons jamais été aussi libres!

La période que nous vivons est un aiguillon inespéré (dont le vaccin est la plus belle métaphore) pour le corps, l’âme et l’esprit. Pour nous calibrer sur l’essentiel et ouvrir grand les yeux. Plus rien ne tient, sauf l’espace d’amour et de liberté que nous choisissons de nourrir en nous… Chaque information à laquelle nous tentons de nous agripper s’effrite entre nos mains comme du grès. Le traitement de l’actualité par les médias n’est qu’un vaste champ de bataille avec son bombardement d’informations contradictoires ; la gestion de la crise sanitaire est un yoyo surréaliste ; même l’histoire du monde racontée dans les livres est remise en question.

Pour le bien de l’humanité, un camp salue l’arrivée d’un vaccin planétaire et confie la gouvernance de son existence aux autorités. Pour le bien de l’humanité, l’autre camp rejette le vaccin qu’il perçoit comme la nouvelle arme pour opérer un génocide mondial qui ferait de l’ordre dans cette fourmilière humaine devenue ingérable pour les élites. Pour les uns, le Coronavirus est vécu comme une calamité et une pandémie mondiale, comme s’ils voyaient des charrettes de morts passer sous leurs fenêtres… Pour les autres, malgré la maladie et la souffrance qu’ils acceptent, il est une opportunité historique de changer de paradigme, de bâtir un monde meilleur et libre, sans chaînes ni haine.

Pour moi, le miracle du Coronavirus dont le nom en latin signifie « couronne » est qu’il est venu nous aider à reprendre notre couronne en nous permettant d’affirmer notre liberté et notre transcendance selon les lois et les cycles de la nature.

Choisir sa ligne de temps
Comment pratiquer cette liberté dans ce contexte anxiogène et totalitaire ? Très simplement: d’une part en posant de tous petits actes de tendresse et de fraternité dans son quotidien. D’autre part, en mettant à chaque instant notre attention sur le futur que nous souhaitons et en nous détournant des informations qui ne servent pas notre idéal le plus noble. En choisissant en conscience la version préférée de la grande Histoire comme de nos petites histoires personnelles. Trump ou Biden président, qu’importe! L’essentiel est de ne pas en faire des idoles, mais de rester à la barre de son expérience intérieure. De la guerre de Cent-ans à la guerre de Sécession, du Vietnam à la Syrie, entre un avenir transhumaniste ou connecté aux lois de la nature, quelle est la lecture des événements qui nous fait le plus de bien? Qui s’emboîte le mieux dans nos fabrications mentales? Entre le vaccin tueur ou sauveur, à quel narratif voulons-nous souscrire ?

La vie n’est faite que d’histoires que l’on se raconte. La vérité n’apparaît que dans la ligne de temps où nous les inscrivons. C’est le principe du pic à tickets de caisse sur les comptoirs des restaurants (photo). Chaque tickets représente un choix, une décision, une pensée et définit notre ligne temporelle et notre avenir. Une fois que l’on a compris que notre bonheur ou notre malheur dépend de notre système de croyances, nous sommes déjà guéris et le monde nous ouvre les bras.

Voilà donc le cadeau de cette fin d’année. Comme la période actuelle nous offre autant de narratifs qu’il y a d’humains, chacun est invité à affirmer ses valeurs dans le respect de la diversité des opinions. Ces vœux de loyauté à nous-mêmes, dans notre authenticité profonde, font exploser les partis et les clans, les communautés et les familles. Ce n’est pas grave. Au contraire, c’est le retour du grand équilibre basé sur la sagesse de l’Humanité. On redistribue les cartes et les équipes. Au sein de chaque confession religieuse, gouvernance, communauté et nations, apparait aujourd’hui le besoin d’appartenance à des valeurs qui transcendent pour la première fois la politique, l’économie, les identités culturelles, raciales et sociales. On se libère de notre besoin d’appartenance à des identités et des étiquettes.

Grâce à toutes ces histoires qui s’entremêlent, largement enrichies par les médias et la propagande, chacun peut faire son marché et choisir la narration qui va l’enchaîner ou le libérer. Un événement peut nous fracasser ou nous élever. C’est nous qui choisissons. Il n’est pas réel en soi. La seule chose qui soit vraie, c’est ce que nous en faisons. Nous pouvons le subir ou en tresser une couronne de fleurs.

Effacer le programme de l’esclave
Être sous l’emprise du programme de l’esclave en soi, c’est affirmer que tout le monde à tort et que nous sommes les seuls à avoir raison.  Dès que l’on cherche à imposer une idée ou à convaincre, nous sommes encore entravés. Vivre sa vérité dans la souplesse et dans le respect des autres, avec force et confiance, c’est respirer en homme/femme libre.

Ce qui compte désormais, c’est cultiver la fréquence vibratoire qui nous fait du bien et qui nous met en joie. De cette manière, le futur négatif qui se profile peut se dissoudre de lui-même. Ce processus passera nécessairement par des événements difficiles dont nous serons les témoins, sans les subir. C’est là que nous pourrons nous rendre utiles : en restant alignés sur nos valeurs et notre espérance, nous pourrons tendre la main et venir en aide à nos frères, sans y laisser nos plumes. Ancrés dans notre amour pour notre Terre et au service de l’intelligence de vie, nous pourrons devenir les éclaireurs et des guides pour les plus vulnérables. Sans rien leur imposer, nous leur rappellerons qu’ils ont le pouvoir de choisir leur futur. Veulent-ils montrer dans le train d’un Nouvel Ordre Naturel au service de tous les hommes par les lois de la Nature ou préfèrent-ils continuer à cautionner un Nouvel Ordre mondial au service de quelques-uns par les supra technologies et l’asservissement des humains ? Si l’on cherche plus que jamais aujourd’hui à nous prendre le pouvoir, c’est bien parce que nous sommes ceux qui avons le pouvoir ! Un portail inespéré s’ouvre pour nous libérer de toutes nos vieilles mémoires d’enfermement. La porte de la matrice est ouverte, il n’y a qu’à en franchir le seuil.

Il n’y a qu’à décider de ce que nous voulons semer dans notre propre jardin. Et cette liberté du choix, personne ne peut nous la voler. Ce futur est maintenant. En ce moment, chacun est propulsé dans sa réalité, selon les reliefs de sa conscience et de ses expériences. En continuant à aimer et à nous aimer, en nous émerveillant de ce qu’il y a de plus petit et de plus grand autour de nous, nous élevons notre vibration, entraînant dans notre sillage le réveil de millions d’autres.

Savourer les hauts et les bas sur cette scène humaine, c’est écrire l’avenir avec panache. Ce n’est plus le moment d’avoir raison. L’heure à sonné pour poser des actions positives concrètes et bâtir ce nouveau monde de paix et de justice. Plus ceci sera clair en nous, plus vite nous sauterons dans le train des Vivants.

Nous expérimentons aujourd’hui la dernière phase de cette mise au monde. En apparence, deux réalités contradictoires se chevauchent. En réalité, une seule humanité est en cours de restauration vers la paix et l’harmonie universelle.

Je vous souhaite mes meilleurs voeux pour 2021. Que cette nouvelle année soit le témoin de notre renaissance.

Les bergers de l’Ailleurs – Conte de Noël

Maximilien Forel est pilote acrobatique. Deux fois par semaine, il s’entraîne au-dessus de l’aérodrome d’Yverdon-les-Bains, au bord du lac de Neuchâtel. Il vit à Giez, dans une petite ferme héritée de son père, entre le village et la forêt. Ce matin du 5 décembre, il est assis devant la fenêtre et rédige quelques notes sur ses vols.

Il lève ses yeux et regarde dans le lointain ce vaste paysage qu’il connaît par cœur, ces champs fraîchement labourés ou déjà semés, ces carrés de verdure laissés en friche et ces forêts presque sauvages. Quand soudain son regard s’arrête. Là-bas, dans le prolongement du parc, à une distance de 500 mètres environ, il aperçoit des centaines de petites boules dorées, éclairées comme des pains chauds par le soleil d’hiver.

Intrigué, il enfile une grosse paire de bottes et s’achemine en direction de ce lumineux remue-ménage. Déjà, il entend les enfants du village crier : “Ils sont revenus, les bergers ! Les moutons !” Maximilien presse le pas. Il découvre avec émerveillement un troupeau de 600 moutons encadrés par trois beaux chiens noirs et quatre ânes. La transhumance….Un voyage de quatre mois, de pâture en pâture, de bois glacés en collines râpées par le vent d’hiver, jusqu’à la douce chaleur des écuries au bout du voyage.

Maximilien n’ose pas aborder les deux bergers, perdus dans leurs pensées. Vêtus de plusieurs couches de vestes et de gilets, coiffés de grands chapeaux déformés par les saisons, ils sont assis sur la colline dans un silence contemplatif, leur bâton en bois noueux sous le bras. Maximilien hésite à prendre la parole. Leur adresser un mot maintenant, c’est comme jeter un caillou dans l’eau lisse et pure d’une flaque. Briser une harmonie. Car en les observant de loin, ils semblent méditer et regarder « entre ».  Entre les boucles de laine des bêtes; entre le feuillage des arbres; entre les brins d’herbe; entre les nuages; entre la terre et le ciel. Mais que regardent-ils donc pour avoir ce regard radieux, figé sur l’infini ?

Maximilien rentre à la maison, prépare quelques brioches avec du café chaud qu’il met dans un Thermos et décide de repartir à leur rencontre aussitôt. Encore une fois, en chemin, il s’arrête net, cloué par le spectacle qui se présente à lui : habilement encadrés par les chiens, les moutons passent à travers les champs sans piétiner le moindre carré semé, porteur des prochaines récoltes. Ils circulent agilement entre les zones de pâture qui leurs sont autorisées et celles qui leurs sont interdites. Dès lors, il assiste à une grande sarabande de moutons, tournant ici et là comme une spirale mystérieuse, se déployant et se rassemblant, se dispersant ou se regroupant au gré du permis et de l’interdit, des espaces d’ouverture ou de fermeture, savamment orchestrés par les chiens et les bergers. Pas la trace d’un seul petit sabot en dehors des zones qui leurs sont réservées. Et ils broutent et broutent encore, avec ordre et en respectant des directions très précises, comme animés par une force de l’univers, comme s’ils étaient les instruments d’un dessein céleste, les pinceaux d’un grand tableau. Et après leur passage, les champs changent curieusement de teintes et de densité.

Maximilien troublé, fasciné, interrompt sa rêverie. Il se présente aux bergers et leur offre des brioches et du café chaud. Ils murmurent un bonjour discret. Le pilote aimerait leur parler, leur voler un peu du secret de leur beauté sans âge. Le premier est un peu plus vieux, les cheveux poivre et sel et les yeux d’un bleu profond. Son compagnon n’a pas plus de 30 ans et son sourire blanc et généreux reflète un état intérieur empli de paix, de force et de lumière. « D’où venez-vous ? » se risque à demander Maximilien.

C’est alors que le plus ancien lui répond : « Que voulez-vous entendre ? Des mots qui s’adressent à la tête ou au coeur ? À l’homme ou à l’Homme ? ». Le visiteur, visiblement surpris, ne sait pas quoi répondre. « Nous vous donnons la réponse la plus facile à comprendre. Un jour, et très bientôt même, vous découvrirez par vous-même qui nous sommes et quelle est notre véritable origine… »

Maximilien est de plus en plus confus. « Mais bon sang, qui sont ces mystérieux gaillards ? marmonne-t-il en silence. Comme s’il avait lu dans ses pensées, le plus jeune lui répondit : « Nous venons du Kosovo. Nous sommes bergers en Suisse depuis quinze ans. En été, nous faisons pâturer nos bêtes en Valais. En hiver, nous faisons la transhumance d’Onnens à Aubonne ». Puis il se tait. Maximilien n’en saura rien de plus. Le chant du vent est revenu se glisser entre eux, ils se saluent courtoisement et se quittent. Quelques minutes plus tard, quand Maximilien se retourne pour voir une dernière fois les deux berges, ils lui adressent un geste amical qui le fit frémir, comme s’il avait reçu un courant d’énergie bienfaisante en plein cœur. Une impulsion, une force et une confiance fabuleuse venait de lui être transmis comme par magie…

Ainsi, de pâture en pâture, nos moutons finirent par quitter la région le 24 décembre pour aller chercher de nouvelles nourritures. Maximilien avait déjà un peu oublié ses amis bergers quand il décida, peu après leur départ, de s’offrir un tour en avion, un vol comme jamais, pour Noël. Une dernière petite acrobatie avant la nouvelle année. Il enfila sa combinaison d’aviateur, se rendit à l’aéroport et fit démarrer son bimoteur. Et Maximilien décolla, sans s’imaginer une seconde qu’il allait découvrir l’impensable, ce qui le changerait fondamentalement pour le restant de sa vie.

Comme d’habitude, il entreprit de survoler son village. Lorsqu’il arriva à la hauteur des champs autour de sa ferme, il crut qu’il devenait fou. Ce qu’il vit alors, là-en bas, resta gravé dans sa mémoire jusqu’à sa mort. Et il en révéla le secret pour la première fois avant de rendre son dernier souffle.

Voilà ce qu’il chuchota : survolant les champs où avaient patiemment, méticuleusement pâturé les moutons de ses amis bergers, il vit une écriture immense, longuement travaillée par les petites mâchoires infatigables des bêtes dévouées à la Grande Cause. En broutant l’herbe soigneusement ici et là, sans hasard ni désordre, mais avec la complicité des chiens et des hommes venus d’Ailleurs, les moutons avaient dessinés des lettres géantes visibles du ciel seulement. Maximilien pouvait alors y lire, avec stupeur et émotion, cette phrase gravée sur la terre :

« Il est vivant ! ».

 

Isabelle Alexandrine Bourgeois