Et si le temps du COVID-19 bénéficiait aux personnes en situation de handicap?

Le Coronavirus bouleverse nos quotidiens depuis plusieurs semaines. Il amène avec lui son lot de contrariétés, mais aussi une denrée rare et précieuse: le temps. Un temps qui fait souvent toute la différence lorsqu’on est en situation de handicap.

Handicap rime, dans l’esprit de nombre d’individus, avec assistance et dépendance. La vérité est bien plus complexe. Quelle que soit sa forme, il permet de conserver un minimum d’autonomie. Cette autonomie a parfois juste besoin d’un peu plus de temps et d’adaptations environnementales pour être exercée. (Je reviendrai sur cette notion d’environnement dans un prochain article). La semi-quarantaine que nous vivons actuellement nous offre ce temps si précieux qui manque à nos vies au rythme effréné.

Fournir plus avec plus

Beaucoup découvrent à quel point il est difficile de télétravailler tout en gardant un oeil sur les enfants, les repas et les devoirs. La charge mentale s’accroît à mesure que décroît l’activité économique. Le climat devient anxiogène.

Pourtant, pour beaucoup de personnes malvoyantes ou aveugles de ma connaissance (et je m’inclus parmi elles), le “répit” offert par le semi-confinement du COVID-19 permet de s’activer efficacement, sans subir les multiples sollicitations annexes, souvent extrêmement chronophages, de la vie quotidienne. On ne court plus après le temps, il est tout à nous. Loin de la performance et de la rentabilité temps/travail accompli, nous pouvons réaliser nos projets sans tenir compte de l’avidité d’un système économique tournant à 100 à l’heure. Un système qui demande toujours plus avec moins. Ce moins, nous, personnes en situation de handicap, ne sommes pas en mesure de le fournir. Nous avons besoin de plus pour fournir plus. Ce qui, à bien y regarder, semble être dans l’ordre des choses…

Prendre le temps

En revanche, nous savons sûrement mieux que d’autres, nous arrêter pour profiter pleinement de ce qui est là. Ainsi, mon ami Laurent Castioni, président de la Fédération suisse des aveugles et malvoyants à Genève me disait encore ce matin au téléphone: “Depuis le confinement, je ne prends plus les transports en commun. Je vais tous les jours au jardin à pied avec ma canne blanche. Je m’occupe de mes légumes, mets les mains dans la terre.”

De mon côté, j’ai enfin l’impression, ces deux dernières semaines, de pouvoir enfin avancer à mon rythme, sans m’épuiser, sur mes projets professionnels. Certes, des événements que j’avais organisés ou auxquels je collaborais ont été reportés, voire annulés. Certes, comme tous les petits indépendants qui passent entre les mailles du filet des aides fédérales, mon entreprise subit la crise.

J’ai pourtant choisi de ne pas me focaliser sur la perte, mais sur tout ce que cette situation pouvait m’apporter. J’ai pris le temps. Le temps de monter une documentation pour les écoles. Le temps de repenser ma communication d’entreprise. Le temps de préparer le terrain et prendre des contacts pour des projets professionnels futurs. Le temps d’avancer mes projets associatifs en tant que bénévole… Bref, j’ai profité d’un temps qui, pour une fois, ne me manquait pas.

Mon ami, lui, avec ses 5% de vision restante, a pu pendant ces dix derniers jours se consacrer intégralement à la communication autour de son nouvel institut de massage. (Oui nous sommes tous les deux malvoyants et entrepreneurs.) Il a trouvé un nom pour son cabinet, a pu avancer les démarches pour son site internet, s’est penché sur le fonctionnement de LinkedIn… Autant de démarches qui, pour une personne malvoyante prennent énormément de temps et sont très fatigantes. Néanmoins, ces démarches sont réalisables si on nous laisse le temps de les réaliser!

Ce temps que le système sociétal occidental ne nous donne pas en “temps normal”, le COVID-19 vient de nous l’offrir. A nous d’en profiter pour construire une société de demain plus égalitaire. Une société à tempo variable.

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Céline Witschard

Céline Witschard

Trentenaire dynamique, Céline Witschard est malvoyante depuis la naissance et en canne blanche depuis février 2018. Ancienne journaliste, enseignante et archiviste, elle crée son entreprise de coaching, conseil, sensibilisation et formation à l'accessibilité et au handicap visuel, début 2019: "Vision Positive". Passionnée et énergique, elle mène une vie loin des clichés liés au monde du handicap.

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