Une personne sur deux y a pensé, et vous ? Notre cerveau peut nous envoyer le message que seul le suicide mettra fin à tous nos problèmes… 10 septembre, Journée mondiale de prévention du suicide

En Suisse, chaque jour deux à trois personnes décèdent d’un suicide selon l’Observatoire Suisse de la Santé (OBSAN). Ces chiffres ne concernent pas le suicide assisté.

Un proche vous parle de ses pensées suicidaires, cela vous laisse peut-être sans voix ou vous craignez de ne pas avoir les compétences pour lui répondre. Parlez avec elle ou lui, demandez lui comment vous pouvez l’accompagner dans ce moment difficile, proposez-lui de se confier à son médecin traitant ou un service d’urgence, de téléphoner à La Main Tendue au 143 (Tchat ou Mail sur www.143.ch/fr). Pour les jeunes, le 147 répond également H24. En cas d’urgence vitale, l’ambulance au 144 ou la police au 117.

En ce jour, nous pouvons repasser le film d’une personne proche partie précocement par suicide. Ces drames nous laissent un profond sentiment d’impuissance, les bras ballants et une foule de pourquoi restés sans réponses.

Être témoin d’un suicide est une terrible expérience « de vie », à l’instar des conducteurs de train. Cette vision et les sons associés peuvent s’ancrer en nous de manière durable et nécessiter un accompagnement.

On peut peut-être aussi se remémorer des pensées suicidaires qui, durant une période, ont envahi notre quotidien, à toute heure et de manière furtive. Remonter la pente ne fut pas simple. Par chance, on est toujours là, parfois fragile. La vie a offert de nouvelles opportunités ou des beaux moments partagés, les soucis sont devenus gérables ou appartiennent au passé. Réapprendre à se faire confiance, parfois millimètre par millimètre, n’est pas chose aisée. Chaque jour permet d’écrire une nouvelle page et de prendre un nouveau départ ou d’accepter ce qui est. Les épreuves de la vie sont bien souvent des révélateurs de ce fil qui nous relie à nos ressources personnelles, corde d’alpinisme ou fil de soie par endroit.

Depuis plus de 10 ans, Tél 143 – La Main Tendue est présente au Paléo Festival à Nyon pour informer le public de son offre. Je garde un souvenir très vif d’une dame, un peu gênée, qui contournait notre stand. Je lui ai souris, mon regard lui disait, ce sourire est pour vous. Après hésitation, elle s’est finalement approchée, a respiré un bon coup puis, troublée elle me dit « Si je n’avais pas appelé le 143, je ne serais pas à Paléo aujourd’hui ». Ce fut mon tour d’être émue, heureuse pour elle et les bénévoles qui se relaient H24 au 143 pour offrir une écoute bienveillante, confidentielle et anonyme. Au cours de cet appel, elle a ressenti que la répondante n’hésitait pas à la rejoindre « tout au fond du trou ».

La Main Tendue a ouvert son premier poste d’écoute à Zurich en 1957. Les cantons ou les régions suivirent au gré des volontés locales, couvrant petit à petit tout le territoire suisse et le Lichtenstein avec 12 postes d’écoute. Bien que le thème du suicide ait été la première motivation pour ouvrir des lignes d’écoute, bien vite, il s’est avéré indispensable de devenir généraliste pour toutes les problématiques existentielles, offrant ainsi une meilleure prévention pour le suicide. Service à bas seuil, chacun possédant un téléphone, gratuit et disponible 24h/7 jours, le Tél 143 est rapidement devenu le premier service d’aide en Suisse. Idéalement, les appelants qui ont des soucis à caractère non urgent devraient attendre le jour pour appeler le 143, laissant ainsi toute la disponibilité pour accueillir les appels d’urgence.

Chaque poste de La Main Tendue est indépendant financièrement et doit assurer sa pérennité grâce aux dons et aux subventions (variables d’une région à l’autre, environ 50% du budget pour le canton de Vaud). De nouveaux répondants sont recrutés chaque année, puis formés pendant environ neuf mois. Par la suite, les bénévoles sont actifs près de 25 heures par mois pour de l’écoute et de la formation continue. Un bénévolat passionnant qui donne du sens et des compétences approfondies, suffisamment motivant pour que les collaborateurs demeurent en moyenne près de huit ans au service de l’association.

En Suisse et au Lichtenstein, les pensées suicidaires sont évoquées au Tél 143 au gré des 250’000 appels annuels. De 2015 à 2019, le nombre d’appels ayant pour thème le suicide est passé de 2’600 à 4’700 par année, alors que le nombre de suicides a diminué. On ne peut que se féliciter que les personnes prennent de plus en plus leur courage à deux mains pour faire appel à Tél 143 ou online sur www.143.ch/fr pour demander de l’aide.

Minuit cinquante, l’espoir d’un renouveau parmi les appelants au 143 de La Main Tendue se fait sentir

La perfide insomnie parce que le cerveau ressasse sans trouver le mode « veille » ou parce que la boule à l’estomac ne se calme pas quelle que soit la position dans le lit, amènent des personnes en détresse à composer le 143 durant la nuit.

Comme promis, je partage avec vous deux nouveaux témoignages de répondantes qui évoquent leurs nuits d’écoute au 143.

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Minuit approche… Où est la lune ?

À cette heure-ci, le trafic sur l’autoroute est calme. Je roule sans encombre.

Il est temps de me préparer à une nuit de rencontres et d’écoutes, j’ai l’esprit libre, prête à écouter.

Chaleureusement accueillie par la collègue qui me précédait, je m’informe du déroulement de son service, je prends congé d’elle, puis enfin m’installe. Je ne dors pas, mais réserve la matinée suivante à la récupération.

Il fait sombre, où est la lune ?

En début de nuit, le téléphone sonne plus fréquemment. L’atmosphère est paisible ; seul le bruit du ruisseau donne l’impression qu’il pleut.

Plus la nuit avance, plus les bruits s’estompent : de temps en temps une ambulance, parfois un hélicoptère, une voiture de police ou de pompiers.

Je suis bien, présente à ce qu’il se passe. Au bout du fil, il y a les fidèles et les autres, les « nouveaux » qui déposent leurs soucis ou leur mal-être avec confiance.

La nuit favorise les confidences, laisse émerger les émotions. Les voix sont plus profondes, les liens plus spontanés. Je ne comprends pas toujours leur problème, mais j’essaie de montrer de l’empathie, parfois un trait d’humour nous permet de nous rejoindre. Ensemble nous avançons vers le jour.

J’apprécie que la nuit doucement se retire pour laisser place au jour, au réveil de l’activité de la ville et au rythme des saisons.

Où est la lune ?

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La ronde de nuit

La nuit au poste, tu es chez toi, tu peux t’installer comme tu veux, te laisser tomber sur n’importe quel fauteuil, sur le lit, dans n’importe quelle position, te glisser dans ton corps, t’incliner près du plancher, prétendre à l’immobilité, manger, bailler, dormir, sauter, courir, parler, chanter, suspendre ta journée. C’est un jardin d’accueil, c’est main par main, écoute par écoute refaire le lien en toute liberté nocturne.

C’est une « ronde de nuit » qui me transporte le long d’une route sinueuse, entre rupture, dépression, violence, amour. Autant de traces de l’instant, de bribes de vie : « ce qui te reste, tu l’adresses à la nuit, car la nuit les images te frôlent pour rhabiller les ombres le long de tes contours ».

On se faufile dans la solitude, dans les cris pour la survie. On se relève doucement pour continuer à marcher, l’âme est brisée mais le corps veut continuer à vivre : « tu laisses tomber un pied au sol, l’autre se relève ».

Dans le monde de la nuit, il y a de l’espoir, Victor Hugo écrivait en accordant à l’obscur le privilège justifié « Chacun dans sa nuit s’en va vers la lumière » et Diderot disait « La clarté est bonne pour convaincre mais elle ne vaut rien pour émouvoir ».

La nuit sublime le sentiment, une forme de connaissance non rationnelle mais sensible, consentir à la nuit c’est aussi s’abandonner au « long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens ».

Penser, parler et partager la nuit, c’est penser la manière dont l’obscurité change ma perception, transforme mon rapport aux autres ou modifie mon expérience du temps.

La nuit, elle enveloppe, elle pénètre par tous les sens, elle suffoque les souvenirs, elle efface presque l’identité personnelle. « On consent à la nuit parce qu’elle est dénuée de témoins à charge ».

En étant moins regardé, on est aussi moins regardant. Le regard sur les autres devient plus indulgent, plus innocent, moins autoritaire. « La nuit est un lieu propice aux expériences égalitaires ».

Festives ou angoissées, solitaires ou violentes, la variété des situations de la nuit dessine l’appelant avec des couleurs spéciales de perception et de sensibilité : « Le jour a des yeux, la nuit a des oreilles » (proverbe persan).

« Je crois aux nuits » écrivait Rilke. L’heure du présent est la plus importante, celle où se concentre le saisissement de la « forme du jour » !

La ronde de nuit est virtuellement à la fois sur la tour du guet, au haut d’un phare, au bord de la route, sur un quai de gare, au bord d’un lit, etc.

Ouverte la nuit, cheminement, accompagnement vers la naissance d’un nouveau jour, un lendemain plus lumineux !

Le jour on vit, mais la nuit on aime, on aime écouter car loin du monde, du bruit, on ne se sent pas la même !

La nuit n’est jamais complète        Paul Éluard

La nuit n’est jamais complète. 
Il y a toujours puisque je le dis, 
Puisque je l’affirme, 
Au bout du chagrin, 
Une fenêtre ouverte, une fenêtre éclairée. 

Il y a toujours un rêve qui veille, 
Désir à combler, Faim à satisfaire, 
Un cœur généreux, 
Une main tendue, Une main ouverte, 
Des yeux attentifs, 
Une vie, la vie à se partager.

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Les bénévoles de La Main Tendue sont sélectionnés avec soin, puis ils suivent une formation de base qui débute avec trois week-ends. S’ensuivent des formations spécifiques et l’apprentissage de l’écoute sur plusieurs mois.

Les postes de Suisse romande, Genève, Lausanne, Sion et Bienne (bilinguisme exigé), forment en principe chaque année une volée de nouveaux bénévoles. Il est possible de déposer sa candidature tout au long de l’année.

Renseignements : www.143.ch/fr puis sélectionner Votre région. Le contenu de la formation figure sous l’onglet Participer/Devenir bénévole.

Répondre la nuit aux appels du Tél 143 est un défi vraiment exigeant à relever

Chaque bénévole met en place une stratégie qui lui convient pour être en forme avant de faire une nuit au 143 – sieste en fin de journée, cafés au pluriel, méditation, yoga, …

Et, pendant le service, les répondant·e·s vont essayer de somnoler entre les appels ou peiner à se rendormir après un appel lourd.

Il n’y a pas une nuit qui ressemble à une autre, mais rares sont les nuits avec peu d’appels. Certains appels ne présentant pas de situations véritablement urgentes pourraient sans autre attendre le matin ; cela laisserait ainsi de l’énergie pour répondre à des personnes angoissées ou victimes de violence ou encore, envahies par des pensées suicidaires.

Les répondant·e·s ont mis sur papier leurs pensées, leurs images, leurs découvertes de l’Autre. Ceci pour relever le défi de faire une nuit au 143 et peut-être faire sienne la stratégie des collègues, une fois par mois, être seul·e pendant huit heures au 143.

Voici trois témoignages :

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Faire une nuit au 143, c’est déjà y penser toute la journée. Je sais que ma nuit sera différente.

Un rituel s’est installé, après le souper, je m’isole une ou deux heures pour être juste en ma compagnie. Une manière de me recentrer pour aborder la nuit.

Mon mari me fait une verveine et me souhaite bon courage. Aurait-il lui aussi besoin d’un rituel pour préparer ma nuit au 143 ?

Dès le départ de la maison, je me transforme en veilleuse de nuit. Les lumières allumées aux fenêtres m’interpellent. L’ambiance cotonneuse du poste rend les voix douces plus douces, les colères et les douleurs plus violentes.

Il n’y a pas de parasites et il en résulte un partage de l’intimité particulier. Je ressens également une responsabilité importante face à l’appelant, dans la profondeur de la nuit.

Tous ces éléments sont à la fois attirants et troublants.

Quand je repars du 143, quelque chose s’est passé entre les appelants et moi qui me booste pour la journée.

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J’arrive au poste bien avant minuit, détendue, après avoir dormi quelques heures, la circulation sur l’autoroute était fluide. Le temps d’échanger quelques mots avec le collègue qui termine son service, je l’accompagne vers l’ascenseur et ferme la porte à clé. Ainsi je me sens “chez moi”.

Je prépare mon lit : ma taie d’oreiller, mon sac de couchage et, par précaution, je mets mon réveil à 7h30 (je n’aimerais pas que le collègue qui viendra me relayer demain matin me trouve endormie…).

La première partie de ma nuit ressemble à un service en soirée, les appels se succèdent à un rythme soutenu, les 2èmes lignes également. Est-ce qu’un programme de télévision vient de se terminer ?

Vers les deux heures, parfois plus tôt, parfois plus tard, l’atmosphère change subitement. Tout à coup, il n’y a plus d’appels et je suis entourée par le silence. C’est alors que me viennent des images :
• Je suis le guet et je veille sur la ville endormie, je protège le sommeil de ceux qui se reposent
• Je suis un phare, un guide pour les bateaux qui, en relais avec d’autres phares, leur permet de trouver leur chemin dans la nuit sans heurter les rochers
• Je suis le capitaine de ce bateau au long cours voguant vers des horizons lointains et s’orientant à l’aide des étoiles….

Je me sens alors solidaire de tous les gens de la nuit, faisant partie de cette chaîne humaine qui vit en décalage. Je suis à mon poste, je me sens à ma place, je suis bien…

Les bruits de l’immeuble me surprennent tout de même un peu. Habituée à vivre dans une maison familiale où je n’ai jamais peur, ils ne m’inquiètent pas vraiment mais je les trouve étranges…

Je somnole un peu, ou peut-être je m’endors plus profondément, et tout à coup “dring”. J’ai la chance d’être sur pied très rapidement et même si l’appelant me dit “Je ne peux pas dormir”, je suis prête à entrer en lien avec lui. Je sais par expérience qu’au milieu de la nuit, tout paraît plus compliqué et que les petits problèmes prennent de l’ampleur. Alors j’imagine bien qu’en cas d’insomnie, les appelants ressentent des angoisses et je suis justement là pour les accompagner, même si parfois je me sens un peu engourdie. Ensuite, j’ai la chance de pouvoir retrouver rapidement le calme, une respiration paisible qui me permet de somnoler à nouveau.

Par contre, si derrière le “dring”, il y a un appelant avec un problème difficile et très lourd, c’est comme si une douche froide me réveillait instantanément. Toutes mes facultés et mon potentiel d’émotions se mettent aussitôt en place, comme un puzzle dans un dessin animé. Et je sais qu’à la fin de l’appel, je n’aurai plus envie de dormir pour le reste de la nuit, je m’occuperai à lire, faire un jeu sur ma tablette ou dessiner en attendant les prochains appels.

Un peu avant 8 heures, quel plaisir d’entendre mon collègue arriver et de partager le petit déjeuner en bavardant avant de reprendre la route pour rentrer à la maison où je dormirai quelques heures…

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Je n’ai pas encore beaucoup de recul concernant les nuits de service.
Mais j’avoue que les nuits me faisaient « un peu peur »
Allais-je les supporter ? au niveau de la récupération surtout.
Et je me rends compte que oui et j’en suis moi-même étonnée…

Durant mes services de nuits, je me sens encore plus proche de l’appelant… pourquoi ?
L’enveloppement de la nuit ? peut-être…

J’ai aussi le sentiment que l’appelant se dévoile plus aisément que durant la journée… pourquoi cette impression ? Je n’ai pas encore trouvé la réponse.
Peut-être la même réponse qu’à la question précédente.

J’ai un petit « rituel » la nuit… Je suis un peu peureuse seule la nuit… Alors je prends toujours bien soin de fermer à clé la porte.

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Promis, juré, je partagerai d’autres témoignages avec vous.

Tél 143 – La Main Tendue, une ligne d’écoute qui respecte la confidentialité, l’anonymat et les valeurs de la personne qui y fait appel. Le service est gratuit, hormis la taxe de base prélevée par le fournisseur de téléphonie. Également en ligne par Tchat ou Mail avec pseudonyme sur www.143.ch

On connaît la musique

Les instruments sont accordés et on a répété la mélodie pour pouvoir à nouveau jouer la symphonie de la vie ou le rapp du quotidien, mais avec arrangements et variations Covid.

Une ode à la liberté se fait entendre, mais attention aux fausses notes ; évitons de chanter le même refrain et jouons la partition de la responsabilité individuelle !

Le curseur liberté regarde vers le haut, mais le curseur responsabilité individuelle remonte d’autant, voire bien davantage. Les semaines de confinement nous ont permis de faire un arrêt sur image, de se remettre en question sur nos pratiques et de redonner sa place à l’essentiel tout en respectant les gestes barrières. L’instant de félicité est désormais tissé d’un fil ténu entre précaution, solidarité et droit individuel.

« Le miracle » qui chasse le Covid n’a malheureusement pas encore eu lieu. Nous avons pu expérimenter l’hyperconnectivité, le vivre ensemble virtuel pour enfin instaurer la distanciation sociale avec tout son le cortège de mesures de prévention. Pas simple ! On peut se sentir dépouillé de son humanité, gêné de ne pouvoir offrir son sourire caché derrière un masque ou un geste amical, peur de mal se comporter. Et cette insidieuse question qui tourne en boucle dans nos têtes : « combien de temps tout cela va durer ? »

Vous en avez ras le bol ? c’est votre droit et vous n’êtes certainement pas tout seuls. Il faudra s’armer de patience jusqu’à la mise en place d’un vaccin ou l’obtention d’une très large immunité de la population (actuellement bien inférieure à 10%).

Maintenant que les vannes de la liberté s’entrouvrent, le moindre relâchement dans notre attitude donnera au Covid l’occasion de danser la java, d’abord discrètement sur la pointe des pieds, puis dans un rythme endiablé… mais exponentiel, jusqu’à atteindre une nouvelle vague dévastatrice.

Et pile à ce moment-là, manque de chance… le jeune neveu de votre voisine fera une crise d’appendicite, la voiture d’un couple fera une embardée, un quadra ne consultera pas pour sa douleur à la poitrine et, un jeune homme qui ignorait qu’il était diabétique verra soudain sa vie basculer à cause du Covid.

Mais, les salles de chirurgie seront peut-être déjà occupées par des patients avec de lourds symptômes liés au Covid, nécessitant toute l’attention d’un personnel médical, déjà fortement sollicité et fatigué. Tout comme vous, je suis infiniment reconnaissante qu’il ait encaissé le choc de la première salve de Covid et sans avoir à choisir qui sauver. Il est donc de notre responsabilité de ne pas leur faire revivre, ce qui fut probablement la pire période de leur carrière professionnelle.

La reprise des activités de notre société est aussi l’expression de notre ambivalence entre crainte et joie. Vivre, c’est assurément prendre des risques, mais tout en mettant toutes les chances de son côté pour ne pas se mettre en danger, ni les autres. Attendue par nous tous, la reprise de la vie en commun, en mode solidaire et responsable, est essentielle.

Les gens veulent recommencer à travailler et pouvoir payer les factures restées en suspens. Les aînés souffrant de solitude se réjouissent de revoir leurs proches. Cette famille, dont le papa et mari est décédé, ne veut plus perdre d’autres êtres chers à son cœur, avant l’arrivée d’un vaccin. De nombreux enfants avaient hâte de retrouver leurs copains d’école et leurs enseignants. Quant à celles et ceux qui ont perdu leur job, ils attendent fébrilement que le marché du travail redémarre. Les retraités pleins d’énergie veulent se sentir à nouveau libres de poursuivre leurs occupations sans être stigmatisés. Les personnes souffrant de handicap peuvent à nouveau retourner dans leur atelier d’occupation. Une collègue atteinte d’une tumeur peut enfin être opérée dans les meilleures conditions et, je vous laisse allonger cette liste qui est sans fin.

Il y aura néanmoins, des personnes qui resteront encore « un bon moment » au bord du chemin, comme les artistes, les chômeurs, …
Après le mantra répété à l’envi « Restez à la maison ! », on pourrait persévérer avec « Solidairement responsables de notre santé à tous ». En mettant tout en œuvre pour éviter de transmettre le Covid, on donne accès à chacun à des soins dans les meilleures conditions. Courage et continuez à être vigilant et à prendre soin de vos proches !

Besoin d’écoute ? Envie de vous confier ? Quelque chose pèse lourd sur votre cœur ?

Prestations anonymes, confidentielles et gratuites. En cas d’urgence, également durant la nuit par téléphone.
La Main Tendue, Tél 143, Aide par mail ou Tchat sur www.143.ch

Envie de participer ? Les postes de Bienne, Genève, Lausanne et Sion recrutent régulièrement des répondant·e·s bénévoles. Sélection puis formation de base pendant environ 9 mois. Renseignements : www.143.ch puis sélectionner votre région.

 

Allo, La Main Tendue ? Témoignage d’un quotidien confiné

 

Tél 143 reçoit de très nombreux appels ayant pour thème le Covid-19. La Main Tendue garantit l’anonymat, les numéros de téléphone n’apparaissant pas sur l’écran du téléphone, le système les en empêchant. Une répondante m’a raconté…

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C’est une appelante que je connais un peu, une habituée souvent à cran, impatiente, qui supporte mal, lorsqu’on est déjà en ligne, de devoir attendre ou rappeler. Je la prends comme elle est et habituellement le «courant» ne se passe pas trop mal.

Aujourd’hui, elle est en pleurs, davantage à bout qu’ordinairement, autant dire très à bout… Sans grande surprise, je découvre combien ces directives de confinement et de «distanciation sociale» doivent intensément affecter les personnes vulnérables psychiquement. Si tout le monde est chamboulé, a perdu ses repères, qu’en est-il de ces personnes hypersensibles…

Elle se met à décrire avec beaucoup de clairvoyance et d’honnêteté sa détresse, son découragement, l’état dans lequel faire ses courses l’a mise. Oui, faire ses courses avec toutes ces nouvelles mises en garde, ces injonctions… Être soi au milieu des autres : mission impossible ! Trop près, trop loin. L’acte banal de faire ses courses devient hautement compliqué.

À un moment, elle dit qu’elle ne sait pas si elle va pouvoir survivre à cela, elle dit qu’elle voudrait mourir et à tout prendre attraper ce virus mais elle se reprend par égard pour les autres, elle ne peut pas vouloir ça. Elle dit ensuite combien c’est terrible de savoir que les médecins doivent parfois choisir qui soigner.

Et puis nous évoquons cette réalité : le plus faible sacrifié dans certaines cultures ou chez les animaux. Je découvre alors une femme cultivée. Au fil de l’échange, qu’elle alimente vraiment de ses réflexions, de ses connaissances, je sens qu’elle reprend… du poil de la bête. Et comme ça de fil en aiguille, elle mentionne les Celtes. Elle s’est en effet vivement intéressée à ces peuples, à leurs coutumes, à leurs manières de vivre. Elle est particulièrement sensible à la place des femmes qui rivaliseraient à part égale avec les hommes à une certaine époque.

C’est alors magique de la sentir emportée par un élan, une énergie, une force qui contrastent du tout au tout avec la couleur du début de l’appel. Je lui suggère de peut-être essayer une prochaine fois de se mettre dans la peau d’une femme celte pour affronter le défi de faire ses courses ! Elle rit. Nous rions.

Je relève combien je l’ai entendue dans une terrible détresse et là, maintenant, avec un si bel enthousiasme. Je crois, et le lui dis, que nous sommes faits de ces deux facettes, de ces deux extrêmes.

Je ressors de cet appel, curieuse des Celtes et ravie. Ravie de ces contrastes, de ces surprises. Au fond, c’est pour permettre et pour vivre ce type d’expériences que je suis répondante au 143.

(Pour des raisons évidentes de confidentialité, des éléments ont été modifiés)

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Que du bonheur d’entendre ce témoignage, de ce moment qui a véritablement relié deux femmes. On ressent une bouffée de soulagement pour cette appelante torturée par un quotidien dont les normes sont soudain chamboulées.

De verbaliser ce qui provoque son mal-être, de le partager le temps d’un appel, lui a probablement permis de porter un regard différent et d’abaisser sa crainte de faire ses courses.

Envie de devenir répondant·e ? www.143.ch et sélectionner le poste de votre région : Genève, Nord-Ouest (Bienne), Valais ou Vaud

Maelström : courant marin formant un tourbillon – tous dedans !

Tourbillon....?

Ce courant nous entraîne dans une intense agitation – chaque fois qu’une vaguelette ou ses gouttelettes, lorsqu’elles en touchent une autre, font petit à petit augmenter ce tourbillon, celui-ci écrase ou révèle de nouvelles vagues.

Inhabituel, avec le Covid-19, le respect de nos jours, c’est de mettre de la distance avec les personnes autour de nous, à la pharmacie ou lors des achats de vivres. Cette nouvelle forme de solidarité révèle l’importance et l’urgence d’adopter un nouveau mode de vivre ensemble encore plus altruiste : je vous ai vu·e·s, vous existez à mes yeux, vous n’êtes pas transparent·e·s, je respecte votre zone de sécurité et la mienne mais, cela n’empêche pas d’échanger quelques mots. Sur demande, l’oubli de la distance sociale de 2 m est de suite prise en compte, sans agacement.

Votre état de santé dépend de mon état de santé et inversement – nous sommes toutes et tous dans le même tourbillon, ici et au-delà des mers.

À contrario, le téléphone et ses dérivés redeviennent de formidables outils pour relier toutes les générations. Avec ou sans visuel de son interlocuteur, la voix, le souffle et les silences peuvent aussi en dire long et permettre des échanges intenses.

Si la solitude ne peut être rompue, si les soucis ou la peur sont trop omniprésents, si l’addiction se fait plus vive, si le climat ambiant pèse trop lourd, en ces temps hors du déjà vécu, La Main Tendue est présente pour chacun·e par téléphone au 143, par Tchat ou Mail sur www.143.ch.

Merci aux milliers de personnes qui agissent sans compter leurs efforts, face au danger ou dans l’ombre, comme les répondant·e·s du Tél 143, pour maintenir le navire sur les flots. Elles et ils sont le révélateur que, sans eux, ce serait la galère absolue, alors mille mercis ! vous êtes extraordinaires !

En pareille situation de crise, le chacun·e pour soi n’est pas viable, c’est de l’obsolescence programmée, le maelström en roue libre.

Soyons solidaires, restons à la maison et respectons les consignes ! Ainsi, nous pourrons plus vite, ou moins tardivement, passer à autre chose… tout en gardant le meilleur : l’écoute, le respect et la solidarité !

P.S. : Tél 143 – La Main Tendue recherche des bénévoles pour les prochaines volées de formation. Informations sur www.143.ch puis sélectionnez les pages de votre région.